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Dimanche 17 mai 2009

Un texte de Dominique TADDEI, économiste, altermondialiste que vous pouvez retrouver sur Alternatives Economiques.
La nouvelle dépression nécessite une stratégie mondiale de transformation

 

Les termes de récession et de crise ne suffisent plus. Ils sont évidemment exacts, mais sont devenus insuffisants pour caractériser la situation mondiale : la profondeur et la durée du recul général de l’activité économique et de l’emploi obligent à dépasser ces termes passe-partout que les professionnels de l’optimisme ont eu pourtant, par aveuglement ou par devoir, tellement de mal à accepter, il y a à peine quelques trimestres. A vrai dire, il suffit de lire les 320 pages du dernier rapport du FMI d’avril dernier, au demeurant d’un niveau d’intelligence et de documentation remarquables, pour se persuader que personne ne connaît rien de la suite des évènements, au-delà des prochains 18 mois, qui seront au moins aussi mauvais qu’annoncés : la rapidité de la contraction ; la concrétisation du risque de déflation des prix et des salaires ; la durée de la chute actuelle et son ampleur finale ; et encore plus, le retour à une complètement hypothétique reprise durable de l’activité. Tout au plus, deux évidences s’imposent à tous : d’abord, quand une crise est non seulement économique, mais aussi financière, il est beaucoup plus difficile et long pour en sortir ; ensuite, quand une contraction survient simultanément dans l’ensemble du monde, on ne peut évidemment pas en sortir par la reprise des autres pays et, à nouveau, ceci rend toute reprise plus difficile et plus lente que si les évolutions entre continents et entre nations sont simplement décalées dans le temps, comme c’est le cas, lors de la plupart des ralentissements cycliques. Pour faire image, on sait ainsi que nous ne connaîtrons pas une reprise en V (rebond aussi fort que la chute), mais au mieux en U (reprise lente et progressive) ; si nous avons provisoirement des éléments de reprise en W (reprise provisoire suivie d’une rechute), cela ne fera sans doute que masquer provisoirement un processus plus long en L, où toute reprise durable est renvoyée à l’avenir, aujourd’hui imprédictible, de la mise en œuvre d’un nouveau paradigme et d’un nouveau système. En réalité, on ne dispose d’aucun élément sérieux de prévision économique au-delà des deux ou trois prochains trimestres (qui seront plutôt pires qu’annoncés, comme ils l’ont toujours été depuis deux ans), pour la simple raison que tous les modèles existants sont construits pour simuler des chocs de petite ampleur, qui sont supposés se résorber par des oscillations amorties : or, nous sommes en présence de chocs de grande ampleur qui révèlent des non-linéarités, qui ne peuvent être modélisés au-delà des prochains trimestres. Autant demander à un météorologue quel temps il fera dans 15 jours ou dans un mois, il vous répondra qu’il lui est évidemment impossible de le prédire. Les économistes n’ont pas la même modestie intellectuelle, sans parler du devoir ( ?) d’espérer que leurs prévisions optimistes seront auto-réalisatrices, ce qui dans les circonstances actuelles ne peut qu’achever de discréditer grand nombre d’entre eux. La seule certitude présente est que nous sommes d’ores et déjà entrés dans une dépression mondiale dont la gravité ne pourra être finalement comparée qu’à celle des années 1930.

 

Certains économistes américains commencent d’ailleurs à se préoccuper de définir ce qu’est une dépression. Mais conformément à leur culture dominante, ils se préoccupent surtout de la dimension quantitative de celle-ci : ainsi, certains proposent d’appeler dépression un recul d’activité qui durerait au moins dix ans. Ceci aurait pour avantage de désigner la situation actuelle comme telle… avant 10 ans, retirant évidemment tout caractère opératoire à cette notion. Pour nous, la dimension qualitative est la plus importante et, nous proposons de considérer qu’une société est en dépression, quand la grande majorité de ses acteurs ne croient plus que celle-ci pourra reprendre le cours de son développement, selon le paradigme et les modalités précédents, sans qu’une alternative crédible à ceux-ci se dégage encore[1].

 

Sans doute, il existe deux ou trois éléments importants qui permettent d’espérer une issue moins tragique qu’entre les deux guerres mondiales : avant toute chose, la connaissance historique, savante et populaire, qui permettent d’éviter bien des circonstances aggravantes : ainsi, la nécessité de stimuler la demande plutôt que de l’étrangler, à travers les politiques monétaires et budgétaires, est admise par les plus dogmatiques « libéraux », partisans d’une économie de l’offre ; ou encore, le diagnostic très largement partagé de la responsabilité du système bancaire et financier dans le déclenchement, la propagation et l’aggravation de la crise ; ou, bien sûr, la nécessité d’une coopération entre Etats, plutôt que des rivalités, ou pire des confrontations entre eux. L’ensemble de ces prises de conscience a permis d’éviter la répétition de 1929 et du début des années 1930, et c’est pourquoi la chute de l’activité est moins violente qu’alors : mais le fait d’éviter ces circonstances aggravantes ne garantit pas pour autant que la profondeur de cette nouvelle dépression soit finalement moins vertigineuse qu’alors. Et ceux qui préfèrent encore parler de crise doivent bien admettre que celle-ci n’est pas simplement cyclique (comme on en connaît habituellement tous les 5-10 ans dans toute économie capitaliste), mais « systémique » (du type plutôt séculaire et dont on ne sort que par l’invention d’un nouveau système). Nous sommes donc en présence de la crise annoncée du système en place, celui de la mondialisation libérale, conduite depuis des décennies par l’impérialisme américain[2]. Or, ce système n’est évidemment plus celui des années 1920, malgré quelques traits de ressemblances, comme la dérégulation folle de l’accumulation financière ou les tensions entre impérialismes déclinants (hier le Royaume Uni et la France, aujourd’hui les Etats Unis) et émergeants (hier l’Allemagne et le Japon, aujourd’hui la Chine). Car, à côté de certains traits relativement rassurants ou de type semblable, que nous venons de rappeler, il en est certains qui sont encore plus redoutables qu’alors : il suffit de citer l’ensemble des défis environnementaux (climat, diversité biologique,etc.), qui nécessitent l’invention d’un nouveau mode de production, de communication et de consommation, autrement dit un véritable Big Bang, dès la conférence de Copenhague de décembre prochain ; ou, encore les risques abominables de la prolifération nucléaire ou du terrorisme biologique. Et, puisque le système qu’il s’agit de dépasser n’est finalement plus, à bien des égards, celui de l’entre deux guerres, il est vain de prétendre en poursuivre utilement la comparaison, sauf  à se convaincre qu’il faut, non seulement éviter 1939, mais aussi mieux réussir qu’en 1944-45, ce qui montre l’ampleur des transformations[3] à mettre en œuvre.

 

Il est, par contre indispensable, pour conjurer cette nouvelle dépression, de bien comprendre quelle est la nature profonde de l’échec de la période précédente. Or, pour s’en tenir à l’actualité économique et sociale, le plus frappant dans la formidable profusion d’écrits légitimement provoqués par l’aggravation continue de la situation, est qu’une véritable  césure se fait jour progressivement , quant aux causes essentielles de la rupture survenue depuis deux ans : d’un côté, ceux qui se focalisent sur les causes financières de la crise ; de l’autre, ceux qui en perçoivent le caractère multidimensionnel, en particulier les dimensions sociales, écologiques, démocratiques, culturelles et géo-politiques…

 

Derrière les vices de la finance, le caractère non soutenable d’une économie d’endettement :

 

Bientôt tout aura été dit sur les perversités du système financier en perdition, y compris par ses anciens zélateurs et profiteurs, même si faisant mine de brûler ce qu’ils ont hier adorés, certains ne pensent qu’à perpétuer leurs gains pharamineux par d’autres voies ou, un peu plus tard, par les voies anciennes : après tout, quelques grands scandales récents ne sont que des mauvais remakes de bien vieilles escroqueries, datant d’un ou plusieurs siècles, et il suffirait pour les renouveler, d’attendre que le traumatisme s’efface. D’autres plus lucides se disent qu’il faut amender le système de la façon la plus spectaculaire qui soit (voire la belle mise en scène du dernier G20 !), pallier effectivement les plus évidentes défaillances de marché, faire semblant pour d’autres (les « paradis fiscaux » mystérieusement disparus depuis le mois dernier, les hedge funds littéralement caressés par les propositions de la commission Barroso, etc.) et la confiance revenant – car celle-ci serait un phénomène purement cyclique, dénué de tout effet d’apprentissage collectif -, il suffirait de miser sur la même crédulité des mêmes gogos -, la fameuse reprise serait de retour, quitte à déplorer quelques victimes collatérales dans la gente financière, mais rien de comparable à celle rencontrée par les éternels exclus du tiers monde ou des travailleurs des pays les plus « avancés » (on ne dit généralement pas dans quoi), frappés par un phénomène de paupérisation absolue, inconnu depuis trois quarts de siècle.

 

Or, la complaisance avec laquelle tous les commentateurs étale aujourd’hui les turpitudes de la finance internationale devient telle que ceux qui dénonçaient de longue date les prédateurs financiers quand il était de mode de les encenser, ne doit pas empêcher de les ramener à leur juste place, qui est assez condamnable pour ne leur infliger une « double peine », en en faisant les boucs émissaires d’une crise dont les causes sont en réalité bien plus profondes. Car, la panne actuelle de l’activité mondiale est moins celle de l’offre de crédit, qui légitimerait les montagnes de milliards que l’on octroie précisément à ceux que l’on accuse…, mais la demande de crédit ! Au-delà des besoins évidents de trésorerie des ménages et des très petites entreprises, ceux-ci n’ont, dans leur très grande majorité, aucune intention d’investir au-delà du strict nécessaire, quand l’horizon est aussi bouché. Tout au plus, quelques charognards (mais c’était, paraît-il, le propre d’homo sapiens à ses origines) font quelques rallyes, au détriment des agonisants de la spéculation précédente, c’est ainsi que les marchés financiers connaissent des oscillations permanentes de « reprise technique » et de « prises de bénéfices » sur un fond permanent de dépression.

 

Mais si on veut espérer un redressement durable de l’activité, il faut commencer par se demander pourquoi l’ensemble du système financier mondial, tous acteurs confondus, a pu prêter de façon si longtemps de manière si excessive.

 

L’économie d’endettement est le corollaire d’une mondialisation sans règle.

 

La raison simple de cette systématisation d’une économie d’endettement depuis trente ans est tout simplement que la grande masse des personnes et des entreprises qui voulaient dépenser (et qu’une publicité outrancière poussait à dépenser) n’avait pas les revenus suffisants pour le faire, sans recourir au crédit ! Depuis 15 ou 30 ans, suivant les références choisies, la productivité n’a cessé de croître, voire de s’accélérer, à travers l’extension des nouvelles technologies de l’information et de la communication (« la nouvelle économie » qui nous promettait, il y a moins de 10 ans, un monde désormais sans crise) ; dans le même temps, les salaires réels ont stagné ! Partout dans le monde, la part des salaires s’est réduite au détriment des profits, jusqu’à 10% de la valeur ajoutée du pays ; encore comptabilise t’on parmi les premiers, les salaires des grands dirigeants qui ont monté en flèche ! Aux formidables différences de niveau de vie entre pays riches et pays pauvres se sont ainsi désormais ajoutés les différences croissantes de revenus et surtout de patrimoines au sein de chaque pays.

 

Ce formidable développement des inégalités, nous a ramené, en une vingtaine d’années, au nom des « réformes », qui étaient stricto sensu autant de contre-réformes (retour sur les acquits sociaux de la période antérieure), à la situation d’avant la première guerre mondiale, effaçant donc l’essentiel des conquêtes sociales arrachées par le monde du travail après chacune des deux guerres mondiales. Le mécanisme inexorable, mais insidieux, de cette régression est simple : le partage de la valeur ajoutée est toujours le résultat d’in pouvoir de marchandage ou rapport de force entre les représentants du travail et ceux du capital sous toutes ses formes (financier, mais aussi culturel et relationnel, pour tenir compte des analyses de Bourdieu). Dans une économie ouverte, les premiers sont très majoritairement confinés dans leur pays d’origine, alors que les seconds peuvent toujours trouver un territoire plus attractif en termes de rémunération, se laissant tenter par toutes les formes de dumping, de devises, de revenus, d’impôts, d’environnement, etc. Dès lors, la partie est nécessairement inégale au détriment des « facteurs immobiles » et à l’avantage des « facteurs mobiles ». Pour ces derniers, le taux croissant d’exploitation (car se développe alors une situation « néo-marxienne », qui bi-polarise de plus en plus nos sociétés sur un schéma qui rappelle le 19ème siècle[4]) ne comporte qu’une difficulté, mais elle est incontournable : trouver des débouchés pour la production supplémentaire issue des gains de productivité. Pendant longtemps, le recours à l’endettement a ainsi constitué un report continuel de cette contradiction majeure de tout capitalisme livré à ses propres démons : le système financier a alors commencé à prêter largement aux plus solvables, ce qui s’est fait sans trop de difficultés. Mais, bientôt cela n’a plus suffi : les besoins d’une clientèle nouvelle (quitte à ne pas satisfaire les besoins primordiaux de ceux-ci) ont, esprit de lucre aidant, conduit à forcer l’endettement de ménages de plus en plus modestes, jusqu’à ceux qui manifestement ne pouvaient pas avec leurs salaires de misère devenir propriétaires de leurs logements. Le seul fait qu’aujourd’hui les pouvoirs publics prétendent, dans de nombreux pays, réglementer (deux ans après l’éclatement de la crise des subprimes) le crédit à la consommation sonne comme aveu de la complicité antérieure entre les financiers et l’ensemble du patronat, qui n’a cessé de pratiquer depuis 30 ans l’austérité salariale.

  

Ainsi, la cause première du développement inconsidéré de cette économie d’endettement, qui a entraîné le monde dans cette nouvelle dépression, est évidemment la mondialisation sans règle, qui s’est progressivement mise en place à partir des années 1970, sous l’impulsion de l’administration américaine, d’abord sous Nixon et Kissinger pour détruire le système de Bretton Woods, ensuite avec Volker, patron de la Fed, pour imposer le monétarisme (la primauté de la lutte contre l’inflation au détriment de l’emploi, sous la présidence démocrate de Carter), les deux fois, on le remarquera, quelques mois avant les chocs pétroliers de 1973 et 1979. Il est à peine besoin de rappeler que le reste du monde, à commencer par les pays européens et les instances communautaires, se sont à chaque fois alignés sans faire de résistance, allant parfois jusqu’à surenchérir sur la volonté américaine.

 

Mais désormais la boucle est bouclée : on peut crier haro sur le baudet de la finance, qui certes le mérite bien, le capitalisme mondialisé ou, plus précisément l’impérialisme américain hégémonique se trouve face à lui-même : certes, il lui faut réparer la finance, en essayant d’en faire payer la terrible facture à la masse des citoyens. Mais cette condition nécessaire énoncée au G20 de Londres ou dans le dernier rapport du FMI, qui y fait écho, ne constituera pas la condition suffisante, à supposer même qu’on l’applique sérieusement, ce qui est loin d’être acquis : à supposer que la production mondiale redémarre (pour le moment, on se demande bien pourquoi), quelle demande solvable permettrait de l’absorber ? C’est à cette question que doivent être capables de répondre l’ensemble des forces progressistes, syndicales et mouvementistes, du monde entier, tant il est vrai qu’au niveau global l’anticipation d’une demande solvable précède évidemment l’offre.

 

Quelle stratégie de sortie de crise par le haut ?

 

D’innombrables contributions, personnelles ou collectives, fusent à travers le monde. Mais l’heure n’est plus au lancement d’un concours d’idées sur les meilleures recettes pour une sorite de crise « par le haut » : il y a déjà bien longtemps qu’à travers le monde beaucoup de militants et d’intellectuels avaient anticipé la catastrophe en cours, et avancé d’hypothétiques solutions ; depuis près de deux ans et le déclenchement de la crise des subprimes, les réunions et autres échanges se sont légitimement multipliés et, malgré toutes les contradictions, ont suscité les esquisses de dépassement et de synthèse nécessaires, tant il est évident que les meilleures idées ne s’imposeront pas si des rapports de force ne sont pas rapidement établis à l’échelle mondiale, ce qui suppose que chacun sache renoncer, au moins provisoirement, à ses idées particulières, pour faire les compromis nécessaires à la mise en place d’une véritable stratégie alternative, à l’échelle de la planète.

 

En ce mois de mai 2009, cinq textes peuvent et doivent servir de référence :

-          trois ont pour immense avantage d’émaner d’instances mondialement reconnues, avec l’inconvénient corollaire, qui les a parfois contraint a des concessions nécessaires pour être validés : il s’agit du rapport Stiglitz, commandé par le président de l’AG des Nations Unies ; du rapport de l’OIT, qui préconise un « plan mondial pour l’emploi » et du dernier rapport de la CNUCED.

-          Deux émanent des principales forces militantes qui peuvent contribuer à imposer un nouveau paradigme : ils ont pour eux la force de la conviction et la faiblesse corrélative de ne pas embrayer directement sur les instances officielles de décision : il s’agit d’une part des conclusions du rapport du Forum Social Mondial de Belem, développé depuis lors par les économistes des mouvements ATTAC et d’autre part du rapport inter-syndical, rendu public à la veille du G 20 de Londres par la Confédération Internationale des Syndicats

 

Il faut souligner que dans les deux types de textes, les préoccupations sociales, altermondialistes, démocratiques et écologiques sont les mêmes, quoique dans des proportions évidemment bien différentes, suivant la vocation première de chacune des institutions rédactrices. Le moment est donc crucial pour que les deux grandes forces militantes convergent, afin que les institutions officielles, relevant toutes les trois du système général des Nations Unies finalisent, si possible en commun, leurs propositions, dès la session extraordinaire du début juin, puis imposent leurs solutions au mois de septembre, afin que le G 20, qui se réunira immédiatement après, et confronté à l’absence d’efficacité des promesses de Londres, soit dans l’obligation d’en retenir une première série de propositions, en attendant que la suite des évènements les conduisent à aller plus loin.

 

Vision optimiste ? Mais qui ne comprend que de nouveaux rapports sociaux, qu’un autre monde ne sont possible que si les préoccupations de toutes les forces militantes s’agrègent le plus vite possible ?

 

Syndicalistes et altermondialistes, unissez vous !

 

Domi Taddei



[1] Une telle définition, qui rappelle celle qu’Antonio Gramsci donnait de la crise, avant que ce terme soit rendu ambigu par ses interprétations cycliques, évite de s’enfermer dans la seule dimension économique, alors que, dans ses causes, son déroulement et ses effets, on est évidemment en présence d’un phénomène multi-dimensionnel. On pourrait parler d’une approche psycho-sociologique, d’inspiration post-keynésienne, en considérant que les animal spirits, chers à Joan Robinson, ont connu une mutation irréversible !

[2] Cf. notre contribution précédente « après le G20 de Londres »

[3] L’expression a le mérite de ne pas s’enfermer dans la vieille opposition, si souvent stérile, entre réforme et révolution, si galvaudée l‘une et l’autre.

[4] Le véritable archaïsme n’est pas celui de ceux qui en retrouvent les accents, mais de ceux des dirigeants et des capitalistes, qui en ont réactualisé les paroles !

Par erasmo
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Mardi 2 septembre 2008

Rencontre de Pigna 16/07/2008

Cette rencontre avait pour objet la validation et l’amélioration par les participants du texte de nature programmatique « Corse 2030 ». Eléments de réflexions, plate-forme ou plutôt véritable réappropriation économique, démocratique, sociale et  écologique dont nous avons tous besoin ?

 

 

Dominique TADDEI  trace une analyse de la mondialisation en crise : crise financière, crise alimentaire, crise sociale. Sommes-nous à la veille d’une grande rupture ? Malgré la remontée du militantisme, il existe réellement un problème de blocage politique des appareils politiques. L’appel lancé par POLITIS ressemble plutôt à un appel de cartels d’appareils. En même temps en Corse tous nous constatons  la montée de la société civile (droits de l’homme, collectifs de défense, écologistes...) qui se heurte tant aux archaïsmes de gauche que de droite et ne trouve pas le moyen de s’exprimer politiquement.

 

Toni CASALONGA explique comment en Catalogne se sont retrouvés des citoyens d’horizons très divers dans « convergences democratica « pour trace ensemble des perspectives politiques.

 

Sampiero SANGUINETTI explique que son approche des raisons de l’apathie économique n’est pas partagée par tous (cf « Corse le syndrome de Pénélope » Albiana). Les cercles de réflexions permettent de mobiliser sur les grands thèmes, telle la question du clientélisme favorisé par la structure institutionnelle française et qui devient la voie incontournable pour celui qui veut être élu. Derrière de clientélisme se cache le clanisme. Autre grand thème la méditerranée. Aujourd’hui alibi pour justifier les quotas d’immigration et les seuls intérêts de l’Europe. Quelle place pour une coopération entre ses rives ? La question du développement et du tourisme sont des thèmes essentiels. Comment envisager l’activité touristique sans être capable le satisfaire les besoins de la population touristique (dont l’approvisionnement alimentaire par des produits de terroir) et donc comment sauver le foncier pour sauver l’agriculture ?

 

Hélène SANCHEZ regrette l’absence de Françoise TOMEI  et de Dominique MAUNY qui auraient pu développer  leurs idées sur les questions de migrations et de métissage.

 

Fanfan GRIFFI exprime la formidable attente qu’il existe dans notre société : attente de rupture avec les pratiques clanistes, attente pour « faire autrement ».Ce temps de la rupture est venu. Notre socle c’est la Corse, il existe une véritable passion pour notre ile. Il n’y a qu’a voir le succès rencontré par les activités proposées de connaissance  du patrimoine et de la culture corse (des tortues aux arts du feu en passant par le chant ). Oui il y a nécessité de s’ouvrir aux autres. Il n’y a pas d’avenir sans métissage, c’est une voie qui peut remettre en route notre société et l’éloigner de ses vieux démons.

 

Pour Jean Louis MORETTI  l’individu seul peut beaucoup, souvent l’on pense à tord que seul le collectif prime. L’absence de programme s’explique : est-il utile d’avoir un programme avec un fonctionnement claniste ? Ce ne sont pas les documents, les études ou les financements qui manquent c’est avant tout l’imagination c'est-à-dire les idées. Il existe un malentendu avec le tourisme : en 1993 le plan de développement appréciait le tourisme comme «  un mal nécessaire ». En 2008 avec le PADDUC il devient « une formidable opportunité ». On oublie que contrairement a d’autres contrées, 95 % de l’appareil touristique est de maitrise locale ! La dérive en Corse comme dans le monde c’est l’immobilier avec tous ses défauts et cela met l’opprobre sur cette activité économique qu’est le tourisme.

Nous constatons une accélération de l’aliénation du foncier. Des terres agricoles sont vendues par des agences immobilières ce qui est nouveau .La CTC pose par la voie de ROCCA SERRA la question de la dé-sanctuarisation de la CORSE. Il ne peux y avoir d’économie durable sans aliénation du foncier par la collectivité (droit de préemption  ou rachat par organisme public). Des outils régionaux existent ou ont existés. Comment créer une synergie entre agriculture et tourisme ? C’est l’hôtellerie qu’il faut développer pas l’immobilier.

 

Hélène SANCHEZ indique qu’il existe des propositions d’aliénations publiques (cf grenelle environnement à Corte : propositions des associations).Elle pose la question du tourisme équitable NORD-NORD (pas seulement nord-sud) avec une filière labellisée qui ferait la différence dans la destination.

 

Dominique TADDEI se prononce pour un élargissement Européen constitutionnel progressif des peuples de la méditerranée et contre la notion de souveraineté. Il préconise pour amorcer le dépérissement du clanisme la fin du cumul des mandats et des fonctions dans le temps dans l’espace et l’exigence d’une véritable parité (cf texte « la démocratie une idée neuve » ou « en finir avec le clientélisme » sur contra focu).

 

Concernant l’approche économique, il indique que se qui compte aujourd’hui est une économie « présentielle » c'est-à-dire l’attractivité d’un territoire (trouver un emploi de qualité ou des moyens de vie honorables). Le critère principal est le revenu pas la production. La Corse bénéficie d’une attractivité de type identitaire(+de 4500 habitants de plus par an depuis dix ans). La Corse est au 12é rang pour les revenus alors qu’elle était au 22 é il y 10 ans).

 

La discussion s’engage sur la production identitaire telle celle du vin corse symbole de réussite économique et qui résiste aux crises actuelles du vin. Le circuit court en économie doit être valorisé car moins polluant (absence de transports, pourvoyeur d’emplois…).

 

Elisabeth souligne l’importance de l’éducation dans notre région, trop de jeunes partent de l’école sans diplômes attiré par des emplois saisonniers qui fera d’eux des travailleurs précaires. L’éducation est un véritable investissement pour l’avenir.

 

Pour Sampiero SANGUINETTI  le défaitisme est trop présent. Le bilan des 50 ans passées relève des éléments prés positifs tels le statut, l’université, l’audiovisuel ; les musées…Concernant l’agriculture, la CTC n’a pas de véritable politique agricole. Elle ne veut pas des agriculteurs car leur profession gène la spéculation foncière.

 

Fanfan GRIFFI se prononce pour un maillage Public-Privé dans les investissements productifs. On doit aider les entreprises qui investissent dans des projets orignaux et créatifs à long terme car elles manquent alors de fonds propres. Notre exigence doit être la qualité.

 

Dominique TADDEI s’interroge sur les moyens à mettre en œuvre pour faire pression sur la grande distribution. L’idée de consommer « corse » doit progresser. Le produit « corse » lorsqu’il existe est consommé. Des exemples de produits de grandes qualités trouvent  acquéreurs malgré un prix élevé sont cités : fromages, vins…

 

La question des ressources pour la corse est alors soulevée par Hélène SANCHEZ. Quelles ressources pour quel développement ? La taxe sur les transports est elle un impôt archaïque ou moderne ?  Les éco taxes développées par certaines iles (Sardaigne, Baléares) sont elles des exemples ? Il est à souligner que la taxe sur les transports aurait été un impôt affecté qui a perdu sont affectation !!! et que cette taxe fixe est la même pour un Bastia-paris que pour un Bonifacio-Santa Teresa. Que dire de la TIPP (produits pétroliers) affectée au budget régional qui augmente au même rythme que les prix du baril ? Parmi les taxes a réformer les taxes aéroportuaire qui représentent 1/3 du billet et qui ne sert qu’a financer des emplois qui ne paraissent pas avoir beaucoup d’utilité.

Quelles réponses aux urgences de la précarité, de la demande en logements sociaux, quelle répartition de la richesse pour un saut quantitatif ?

 

Sampiero pose la problématique de l’eau, véritable pétrole en Turquie qui la vend à toute la méditerranée alors qui en Corse elle peu valorisée. Il n’existe pas une politique cohérente de l’eau malgré la présence de l’Office hydraulique (a noter les travaux de l’université de l’eau à Corte).

Philipe OLLANDINI exprime le nécessaire questionnement dans un programme sur les questions de la ruralité, la solidarité du territoire pour résoudre durablement la désertification.

 

Sur la question des territoriales on sait qu’il n’y aura pas de modification de mode de scrutin. Certains pensent déjà au 3eme tour, ce qui est un déni de démocratie. Comment interpeller sur les questions de fonds, proposer une réflexion au débat, transformer les combats en débats ?

 

Fanfan GRIFFI pose la question du courage de « dire les choses, aborder les sujets qui fâchent, rompre avec une société de plus en plus névrosée ».Il existe un véritable besoin d’expression politique. Contra Focu en est l’exemple. Remplacer le slogan par le débat, avoir une démarche non partidaire, exprimer sa liberté...tout un programme.

 

Il a été décidé de diffuser le texte « corse 2030 » amélioré par notre débat dès septembre 2008, il sera soumis à des associations, groupes de réflexions et adressé aux principales forces de gauche et progressistes. Des textes seront mis en annexes pour completer).

Peut être faudra t-il faire preuve d’imagination pour formuler les idées ; les synthétiser, donner un nom à cette démarche, agrandir le cercle de la rencontre...La volonté politique peut changer la donne, un processus de  réappropriation économique qui mêlerait création et métissage est possible.

Par erasmo
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Dimanche 2 décembre 2007
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QUELLE DEMOCRATIE PARTICIPATIVE A BASTIA ? Les problématiques, les expériences, les enjeux...

REUNION-DEBAT LE JEUDI 06 DECEMBRE 2007 à BASTIA 18 h Maison des Associations rue sant angelo.

Par erasmo
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Jeudi 20 septembre 2007


Yves DONSIMONI au CARRE des fusillés le 18 aout 2007

Avant de débuter mon allocution, je tiens à vous dire, que nous tous militants de l´ANACR de la Haute-Corse, anciens résistants comme Amis de la Résistance, nous pensons à notre président et ami Batti qui, il y a un mois, jour pour jour, nous quittait. Je veux ici lui rendre hommage en notre nom à tous en l´associant à notre cérémonie et personnellement je lui dédie l´ intervention de ce jour.
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Le 18 août 1943 était fusillé « le radio de la résistance corse » Pierre GRIFFI alias Denis . Le Commandant L´HERMINIER, du sous-marin CASABIANCA nous dit de lui : « je considère comme un devoir d´évoquer l´héroïsme du radio GRIFFI qui a fait partie de l´équipe Pearl Harbor du commandant DESAULLE. GRIFFI, pendant huit mois, émet deux cent quatre vingt-six messages ; il est obligé de fuir plusieurs fois, mais échappe à la poursuite de la gestapo.

Un jour, il est surpris en plein travail, au mois d´août, près d´Ajaccio. Il a le temps d´achever son émission avant d´être pris. Il n´avoue rien malgré les tortures. Son procès se déroule devant le conseil de guerre italien. Il est naturellement accusé de trahison, car les italiens prétendent que les Corses sont maintenant sujets italiens.

Mais le Président du Tribunal, profondément bouleversé par l´attitude patriotique de GRIFFI, le félicite de son courage et lui avoue qu´il est au regret que les lois en vigueur l´obligent à le faire fusiller. GRIFFI n´a cessé de répondre avec mépris aux questions qu´on lui a posées.

Il n´a jamais cédé, et quand le Tribunal lui laissa la parole en dernier ; il scanda fièrement cette phrase : « j´ai à dire que je regrette, si près de la libération, d´avoir été pris et de ne plus pouvoir vous faire de mal. »

Il énumère les renseignements qu´il a passés et qui ont permis aux Alliés de remporter des succès comme le torpillage du Francesco Crispi, paquebot italien, au large de Bastia.

On l´emmène au poteau d´exécution. Pas un de ses traits ne trahit son angoisse devant la mort. Il a confiance. Il sait que la France va gagner ; il meurt fier d´avoir contribué si brillamment au succès de nos armes.

Avant de mourir, il fait savoir au commandant DESAULLE qu´il le remercie de toutes ses bontés et au CASABIANCA qu´il lui est reconnaissant de son accueil et de la réussite de sa mise à terre.

Cher GRIFFI, que n´aurions nous fait pour des braves comme vous. »

C´est en ces termes que s´exprimait le Capitaine de Vaisseau L´HERMINIER. Et je crois que l´on peut dire que le portrait tracé de Pierre GRIFFI, représente et symbolise ainsi l´ensemble de ses 14 camarades de combat morts ici à Bastia, au carré des fusillés ; tous épris de Liberté, de Justice, et ne pouvant accepter de vivre sans combattre. Leur rendre hommage est pour nous à l´ANACR, une nécessité fondamentale inscrite dans notre démarche contre l´oubli et pour la perpétuation du message de la Résistance. Nous pensons aussi à tous les déportés et leurs familles, à tous les combattants sans frontières, comme Charles Bonafedi, mort loin de Corse, en terre Slave, avant d´avoir eu 2O ans... qui ont osé se dresser contre la barbarie. A tous ceux qui de près ou de loin ont participé et contribué de par leurs sacrifices à la chute du nazisme et du fascisme, l´ANACR de la Haute-Corse proclame son indéfectible lien qui nous unis à eux et qui nous conduit aujourd´hui encore à répondre présent , pour leur rendre l´hommage qu´ils méritent.

Nous assurons enfin à tous nos Amis de la Résistance que nous serons à chaque fois présent, pour nous souvenir, nous recueillir, mais aussi pour rappeler les idéaux de la Résistance inscrits dans le programme du Conseil National de la Résistance. Notre vigilance sera de toute heure pour indiquer à tous, que la défense des fondamentaux de la République était bien dans l´esprit de la Résistance et de ses combattants.

A l´heure ou les « ruptures » sont à l´ordre du jour dans notre République, l´ANACR de la Haute-Corse, sans en nier leurs nécessitées urgentes, face à la loi triomphante de la finance et de la spéculation, assure de sa détermination l´ensemble de nos Amis de la Résistance, qu´elle combattra toujours dans le cadre d´une éventuelle « rupture », pour un retour aux sources aux principes fondateurs de la République, des valeurs de la Résistance, seule rupture susceptible à nos yeux de défendre l´intérêt général, le travail, dans la justice sociale et la paix. Le sacrifice des résistants, des patriotes, était nous le savons, pour ces nobles idéaux de fraternité.


Gloire et honneur à eux.

Par marie lucie
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