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Vendredi 26 octobre 2007

 

 

Avertissement :

 

Sur un sujet aussi essentiel et qui engage toute la collectivité corse, il ne peut évidemment y avoir de réponse personnelle pertinente. Même celle d’un réseau dynamique et bien intentionné comme le nôtre ne peut guère faire mieux qu’ouvrir une problématique et proposer un cadre de débats publics à toute la population à commencer par les « sans voix », ceux à qui on ne donne jamais la parole ou que l’on ne prend pas la peine de comprendre quand ils expriment leur souffrance, quand ils l’expriment d’une façon ou d’une autre. Notre première tâche militante devrait donc consister à proposer ou à participer à un maximum de débats. Après tout, ne faudrait-il pas renouer avec ce que l’on dénommait la « planification démocratique » durant les 30 Glorieuses ?  Encore faut-il pour cela que nous ayons un cadre intellectuel à proposer, afin que les ambitions collectives puissent émerger. Ce qui suit est une contribution à débattre, lors de nos prochaine assises, le 10/11.

 

Nous proposons de partir d’une analyse des tendances en cours, certes succincte, mais qui évitant les jugements trop unilatéraux, s’efforce de raisonner en termes de contradictions, essayant de démêler ce qui peut être positif de ce qui est évidemment négatif dans le développement de la Corse de ces dernières décennies.

 

En deuxième lieu, parce que notre démarche  repose sur la dignité de chacune et de chacun et, par conséquent, sur la solidarité à l’égard des plus défavorisés, nous nous devons de définir des objectifs sociaux fondamentaux, que nous pourrions mettre en avant en Corse, en relation avec la gauche alternative des autres régions et pays.

 

En troisième lieu, parce que c’est le devenir à long terme de la Corse et de l’ensemble de sa population qui est notre préoccupation principale, nous commençons à tracer quelques pistes pour un développement alternatif.

 

 

Plan :

 

Un développement contradictoire

 

Les  objectifs sociaux fondamentaux

 

Les caractéristiques d’un développement alternatif

 

 

Un développement contradictoire :

 

La Corse change vite, très vite. Du point de vue économique et social qui nous retient ici, peut être plus vite qu’elle n’a jamais changé. Tous ces changements sont évidemment contradictoires : ils ont sûrement leurs bons côtés, notamment pour une minorité de nantis, qu’ils soient anciens ou nouveaux dans l’île ; ils ont évidemment leurs mauvais, pour un beaucoup trop grand nombre de personnes. Or, si la Corse a presque toujours connu un retard économique important, y compris sur les régions les plus proches de l’Europe méridionale ; si elle est pratiquement passée à côté de la révolution industrielle, qui a forgé le monde contemporain pendant deux siècles ; rien n’indique qu’elle ne puisse pas trouver toute sa place, une place originale, dans le devenir d’une Union euro-méditerranéenne, où de cul de sac des relations internationales, elle deviendrait un carrefour, riche tout à la fois de son identité et de sa capacité d’ouverture…

 

Afin de montrer que « l’optimisme de la volonté » qui dicte le propos précédent n’est pas dénuée de toute base, il faut d’abord rappeler quelles tendances sont à l’œuvre dans l’économie insulaire, dans les termes mêmes des catégories marchandes aujourd’hui dominantes :  

 

* L’appareil de production de la Corse a toujours été en retard sur celui du reste de la France, mais ce retard tend à se réduire :

 

Sans doute, si on compare le produit intérieur brut (PIB) par tête, le retard de la Corse est encore de l’ordre de 20% sur la moyenne nationale d’après les chiffres de 2005[1], mais il faut observer que cet écart est dû pour moitié à l’avance de la région capitale : si on limite la comparaison aux autres régions de province, le retard de production de la Corse n’est plus à la même date, que de 10% et il peut être rapproché de celui des autres régions continentales les moins avancées (tableau à faire). De plus, au-delà de la comparaison instantanée entre régions, qui demeure globalement défavorable, on est en présence d’un rattrapage évident de la Corse (mesuré par le taux de variation des différentes régions métropolitaines), en termes de production. Ceci se comprend bien, puisque les 3 branches d’activité où la Corse est mieux représentée que la moyenne nationale sont les services, la construction et le commerce[2] : or, ce sont justement ces branches, dont l’évolution est, au niveau global, meilleure que celle du reste de l’économie et, en particulier, que celle de l’industrie. Il s’en suit que l’argument séculaire du handicap de l’insularité ne peut désormais plus suffire à nos responsables politiques pour légitimer leur rôle ancestral d’intercesseurs[3]. Encore ces comparaisons inter-régionales sont-elles plus favorables, si on abandonne les seuls indicateurs de production marchande et si on veut bien raisonner en termes de revenus ou mieux encore de dépenses.

 

* En termes de revenus, les inégalités se creusent, même si les transferts nets de revenus vers la Corse rapprochent le niveau de vie dans l’île de celui de la majorité des régions françaises.

 

En se contentant de raisonner sur des moyennes, on est confronté à un choix entre deux attitudes antagonistes erronées : d’un côté, la vieille habitude insulaire de se plaindre collectivement de la « pauvre corse » (déjà très présente dans la littérature de la 1ère partie du XVIIIème siècle, où elle était alors beaucoup plus évidente). De l’autre, le comportement désobligeant de soit disant élites nationales, qui expriment le sentiment que la « France » (la Corse n’en ferait donc plus partie) paie trop cher pour la Corse : on se souvient à cet égard des propos indignes de feu Raymond Barre. En fait, si le niveau de vie en Corse ne marque plus un retard marqué sur le continent, c’est que cette dernière bénéficie de trois sources principales de financement externe, dont les limites et les implications doivent être clairement mesurées : le tourisme, les semi-résidents et les administrations publiques.

 

- l’apport des touristes ou des voyageurs : tout a été dit depuis longtemps à la fois sur l’intérêt et les limites de l’essor touristique de la Corse. Aujourd’hui, la querelle n’est donc plus guère idéologique. Disons qu’un consensus, souvent inavoué, se dégage autour de l’idée que le tout tourisme est haïssable, mais qu’un tourisme mieux compris est indispensable.

 

Pour être plus précis, l’enjeu est celui de la qualité touristique, sans laquelle le volume d’activités ne pourra pas augmenter sans des frustrations grandissantes. Cette qualité peut se mesurer à l’aide de deux critères objectifs, auxquels vient lors se greffer un critère plus subjectif, mais essentiel :

 

.) En premier lieu, on doit essentiellement encourager le développement du tourisme hors-saison, qui en effet s’est beaucoup développé depuis une quinzaine d’années. Nous devons d’ailleurs rappeler qu’il constitue pour une bonne part une retombée pourtant évidente de la cinquième semaine de congés payés, puis du passage aux 35 heures, sous forme de journées et de semaines « RTT » et que la remise en cause de cette dernière menace l’étalement touristique dans notre région ;

 

..) Le développement du tourisme, loin des côtes, qui demeure malheureusement beaucoup trop faible. Tout en sachant protéger nos sites fragiles (contre les incendies ou concernant les zones les plus délicates : GR 20, lacs, etc), la marge de progression dans nos zones de montagne sont considérables, surtout si un souci de qualité identitaire prédomine (cf. infra).

 

…) Transformer les touristes acculturés (aoûtiens entassés sur les plages et leurs bateaux plus ou moins bien ancrés), en voyageurs (au sens des XVIIIème et XIXème siècles), à la recherche de la corsitude, demeure un mot d’ordre plus souhaitable que jamais.

 

- les semi-résidents : on a encore peu analysé ce que signifie l’augmentation du nombre de corses à temps partiel. Dans un village (côtier, il est vrai, mais cela correspond aujourd’hui, à une grande majorité de la population insulaire), on est en présence d’un véritable continuum, quant à la résidence effective d’une grande partie de ceux qui y résident : des purs vacanciers (dont certains viennent plusieurs fois dans l’année, y compris hors de la période touristique) à la population permanente, parmi laquelle le nombre de ceux qui vont passer plusieurs semaines sur le continent (par exemple, la fin d’année chez des parents ou amis) augmente manifestement : entre les deux, on peut tracer un diagramme de ceux qui résident 2 mois, ou 3, ou 4, etc…, jusqu’à 9 ou 10. Or, un certain nombre d’entre eux sont, quand ils résident en Corse particulièrement actifs, professionnels pratiquant le télé-travail, ou bénévoles, contribuant à l’essor associatif, parfois même des hyper-actifs, employant sans désemparer leur temps de vie insulaire. Or, c’est sans doute par le canal de la vie associative et le développement d’une démocratie réellement participative que leur contribution au développement collectif pourra être valorisée, en évitant des divisions manichéennes entre corses et non corses, de plus en plus éloignées des réalités (qui n’est pas quelque peu métis dans notre île ?), et qui prennent trop souvent des relents xénophobes plus ou moins conscients.  

 

- les administrations publiques :

 

En termes de comptabilité nationale, les flux de transfert financier du continent vers la Corse sont indéniables, et sont particulièrement importants, surtout si on raisonne par tête d’habitant. Mais une très grande partie d’entre eux correspondent à des dettes de l’Etat français à l’égard des personnes (paiement des retraites de l’ensemble des agents publics) ou à l’égard d’un territoire, dont il assume la souveraineté et sur lequel il doit évidemment assurer la même qualité d’ensemble de ses services qu’en toute autre partie de l’hexagone ou des DOM-TOM. Ramenés à cette aune, les transferts publics n’ont plus rien d’extraordinaires, mais posent surtout la question de leur bon usage dans l’île. Car, ce que nous devons à l’ensemble des contribuables, corses ou non, qui financent ces transferts, et à l’ensemble de ceux qui en Corse devraient en bénéficier, relève d’une double question politique, qu’il nous faudra traiter par ailleurs : quel est le degré d’autonomie concrète des collectivités publiques corses, notamment dans le choix de leurs dépenses ? Dans le cadre de celles-ci, pour quel type de démocratie, clientéliste (ou néo-clanique) ou, au contraire, associant concrètement l’ensemble des citoyens, doit on se mobiliser ?

 

Plus généralement, nous devons réfléchir sur ce que les spécialistes commencent à appeler une « économie présentielle », qui fait que les « territoires qui se développent et où l’on vit le mieux sont ceux que l’on considérait comme les plus pauvres à l’aune du sacro-saint PIB »[4].   

 

* Derrière ces résultats contrastés, le développement actuel de la Corse n’est pas durable :

 

A plus ou  moins terme, la prolongation des tendances récentes va générer des crises ou des dégénérescences graves, de multiples points de vue :

 

- Des crises sociales, de type péri-urbaine, dues à la désespérance d’une jeunesse sans perspective. Des embauches insuffisantes, effectuées trop souvent au dessous du niveau de qualification, surtout pour les filles (en moyenne plus diplômées et moins payées).

 

- de l’expropriation de fait d’une partie de la population née dans l’île par des capitaux extérieurs, du fait de l’augmentation exponentielle du prix du foncier bâti et non bâti, à laquelle s’ajoutent les risques de développement d’une « nouvelle domesticité » pour cette population, qui risque de ne trouver d’embauche qu’au service personnel des nouveaux riches ;

 

- De l’aggravation d’une ségrégation ethnique, qui, à la suite d’incidents fortuits ou de l’éclatement d’un autre facteur de crise, risque de transformer « l’autre » (marocain ou tunisien) en bouc émissaire ;

 

- De l’installation endémique des pratiques maffieuses, ce que l’on pourrait appeler le « syndrome varois ». Mais compte tenu de l’insularité, d’une population peu nombreuse et de notre histoire, ces dérives risquent d’être en Corse d’une beaucoup plus grande violence qu’ailleurs ;

 

- Les nouveaux risques de saccage et de pollution de notre environnement, d’où l’importance essentielle des batailles écologiques.

 

Ces différents risques sont distincts, mais dès lors que tel ou tel d’entre eux se transformerait en crise aigue, ils pourraient interférer gravement les uns avec les autres. Il faut donc mener, avec toutes les forces militantes disponibles pour chacun de ces combats, l’unité d’action la plus large possible, même si on ne peut pas demander à nos partenaires dans telle ou telle lutte, de partager toutes nos analyses et toutes nos propositions. Il faut aussi rechercher les solutions qui répondent à plusieurs problèmes à la fois (par exemple, un contrôle démocratique du foncier), ou du moins qui ne répondent pas à une question, en aggravant une autre question (comme dans le cas de certains projets d’équipements collectifs).

 

 

Trois objectifs sociaux fondamentaux

 

La relation au travail est une question universelle, mais qui représente dans notre île une identité particulière, qui crée une obligation collective de nous fixer des objectifs et de nous donner des moyens d’être à l’avant-garde des objectifs sociaux visés dans l’ensemble des pays européens et méditerranéens. Nous pourrions organiser ces objectifs, autour de trois axes principaux, mais bien entendu non exclusifs. 

 

* Un emploi de qualité pour tous

 

Le droit au travail pour tous, inscrit, à la suite du programme de la Résistance, depuis 1946, dans le Préambule de toutes les Constitutions françaises, est systématiquement bafoué depuis plus d’une génération (début des années 1970) par le développement et la permanence du chômage de masse et la précarité de l’emploi. La Corse a payé un tribut plus élevé encore que la moyenne nationale à ces évolutions dramatiques.

 

Or, l’ensemble des évolutions récentes donne à penser que la Corse peut échapper, dans les années à venir à cette calamité sociale : d’une part, le rythme de création d’emplois est supérieur à la moyenne nationale (cf. chiffres INSEE), d’autre part, la durée moyenne du chômage est plus faible que la moyenne nationale dans la quasi totalité de nos bassins d’emplois (cf. carte jointe). L’actuelle dynamique de création d’emplois doit être renforcée : on sait que la plus grande partie de ces emplois nouveaux continueront de se situer principalement dans les activités de services, marchandes, mais aussi publiques, ou mixtes (comportant une part significative de financement public). Cette tendance universelle est d’autant plus souhaitable qu’elle permet généralement un développement non polluant, ainsi qu’un véritable équilibre entre femmes et hommes sur le marché du travail.

 

Toutefois, cet objectif de création d’emplois et de réduction du chômage ne doit pas devenir une obsession purement quantitative : plus précisément, il ne s’agit pas d’accepter d’échanger le chômage actuel contre une précarité grandissante, comme nous le proposent le pouvoir sarkozyste et les organisations patronales. Il faut donc, en accord avec les organisations syndicales, préciser ce que nous pouvons appeler un emploi de qualité. Il doit reposer à l’évidence sur 3 critères principaux : le statut du salarié, qui doit être un CDI, ou du moins permettre à l’intéressé d’obtenir sa transformation en CDI, dans un délai de quelques mois ; il doit correspondre au niveau de qualification du travailleur et, par conséquent, au niveau de rémunération correspondant ; il doit s’inscrire dans un cadre négocié des conditions de travail et, plus particulièrement, offrir des possibilités concrètes de temps choisi (cf. infra).

 

* L’éradication de la pauvreté :

 

Malgré les solidarités familiales, qui demeurent en Corse plus fortes qu’ailleurs, le développement de la pauvreté, voire de la mendicité dans les grandes villes, montre bien qu’il faut répondre immédiatement aux urgences sociales, non pas dans une logique d’assistance individuelle, mais de solidarité collective.

 

Pour cela, l’unification des minima sociaux et leur relèvement pluri-annuel doit être revendiqué, jusqu’à un niveau jugé acceptable, suivant les normes européennes, et qui est de 60% du revenu moyen. En Corse, comme dans le reste de la France, un plan d’éradication pourrait être mis en œuvre dans un délai d’environ 3 ans, avec un rattrapage par tiers chaque année : il suffirait pour le financer de supprimer, au même rythme, l’ensemble des cadeaux fiscaux faits aux riches depuis le début de la décennie, de Jospin-Fabius à Sarkozy-Fillon, en passant par Chirac ! On pourrait ainsi démontrer que la pauvreté n’est en rien une fatalité, mais le seul résultat de leurs choix politiques successifs. Le principal argument contraire que développent les « libéraux » de toute obédience (« ultra » ou « social ») est moins d’ailleurs de caractère financier que la « préférence pour le chômage » qu’auraient alors les bénéficiaires de ces minima sociaux. Outre le fait qu’il s’agit là d’une caricature méprisante du fait que l’immense majorité des citoyennes et des citoyens trouvent dans un vrai travail (le contraire d’un « petit boulot »), un moyen de socialisation et d’autonomie incomparable, c’est ignorer que ce relèvement des minima sociaux ne viendrait interférer qu’avec les salaires à temps partiel et non pas avec les Smicards à temps plein, si ceux-ci sont correctement réévalués de leur côté, comme nous l’avons proposé plus haut. Par conséquent, ce qui est en jeu derrière ce pseudo-argument libéral est justement le statut des travailleuses et (plus rarement) des travailleurs à temps partiel, dont nous traitons ci-dessous.  

 

* Une société du temps choisi

 

Il existe en Corse, comme ailleurs en France et en Europe, un grand nombre de personnes (40% environ) qui ne travaillent pas, suivant une durée et des horaires qui leur conviennent : à côté des travailleurs à temps partiel, qui souhaiteraient « travailler plus pour gagner plus » (ce sont bien les seuls pour lequel ce slogan généralement démagogique prend un sens concret), toutes les enquêtes montrent depuis longtemps, qu’il existe un plus grand nombre de personnes qui souhaiteraient travailler un peu moins, quitte à gagner un petit moins, mais pouvant ainsi mieux épanouir leur vie familiale et civique. Il résulte de cette double frustration de sens contraire que le travail demeure trop largement vécu comme une aliénation et non comme un facteur d’équilibre et d’épanouissement de la vie.

 

Il n’existe aucune fatalité à cela. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, les syndicats néerlandais (dont la direction est à majorité féminine…) ont revendiqué et finalement obtenu, d’abord par voie de conventions collectives, ensuite par la loi, de nouveaux droits émancipateurs pour l’ensemble des salariés : celles-ci et ceux-ci peuvent demander, avec un préavis raisonnable pour ne pas désorganiser l’organisation du travail collectif, un changement de leur durée et de leurs horaires de travail, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. L’employeur ne peut leur refuser que pour des raisons économiques. Dans ce cas, une commission paritaire est amenée à trancher, en proposant éventuellement une autre solution. Encas de désaccord persistant, c’est à l’employeur qu’il appartient (y compris devant les tribunaux compétents) d’apporter les charges de la preuve, faute de quoi le salarié obtient définitivement satisfaction.

 

En liaison avec les organisations syndicales, nous devrions lancer une vaste réflexion collective sur le passage de l’actuelle société du travail contraint à celle du temps choisi, qui associe garanties collectives et épanouissement personnel.

 

 

Les caractéristiques d’un mode de développement corse

 

L’originalité du développement futur de la Corse et de tous ses habitants, qu’il s’agisse de la production, des transports ou des consommations individuelles et collectives, doit pouvoir se décliner autour de trois notions : elle doit être identitaire, fondée sur la durabilité et s’inscrire dans le contexte plus général d’une économie de proximité.

 

* une économie identitaire est une économie où la culture devient un atout économique, non pour des raisons bassement utilitaristes, mais pare que la poursuite et le développement de notre propre identité collective devient aux yeux des autres comme de nous-mêmes un trait positif de différenciation[5].

 

 - Agriculteurs, artisans, artistes : au-delà de leur importance économique, il est essentiel de favoriser le maintien, la réactivation et plus largement la renaissance d’activités corses, qui ont été dominantes pendant des siècles dans notre île, et qui sont une partie inaliénable de notre identité collective.

 

- La « qualité corse » (pour un double label)

 

Les biens et services produits en Corse doivent viser à satisfaire une double exigence de qualité : d’une part, ils doivent obéir au meilleur des standings internationaux, quant à leur qualité intrinsèque, reconnue par les instances nationales et européennes habilitées ; d’autre part, il doivent inclure une part significative de corsité, dans le processus de production et/ou dans le produit final. A cet effet, des agences publiques de certification doivent garantir cette qualification corse. De même, des « maisons de la Corse » doivent être progressivement créées, avec le soutien des collectivités publiques, dans toutes les grandes agglomération, où résident des corses ou amis de la Corse : pour la France, on pense en priorité à Paris, Marseille, Toulon et Nice, mais aussi  en Italie, Londres ou New York, pour assurer une promotion collective du « made in corsica ». Ces maisons de la Corse devront être à la fois des agences du tourisme, des lieux de promotion des produits corses de qualité et des lieux d’expression de la culture corse (expositions, conférences, etc.) 

 

* Fondée sur la durabilité :

 

Face à la terrible crise écologique qui se présente inéluctablement devant nous, il nous faut d’abord faire vivre le front permanent d’un contre-Grenelle de l‘environnement.

 

Dans le cadre de celui-ci, nous devons apporter des réponses courageuses sur les questions les plus difficiles, parce qu’elles peuvent heurter les préoccupations sociales immédiates ou, plus trivialement, les habitudes quotidiennes du plus grand nombre. Pour ne prendre que la question la plus urgente et la mieux connue[6], nous savons tous que l’énergie la moins coûteuse et la moins polluante est évidemment l’économie d’énergie, sous toutes ses formes. Face à cette urgence de la décroissance énergétique, qui n’interdit en rien la satisfaction croissante des besoins sociaux et de l’emploi, l’ensemble des énergies, dites renouvelables, ne constituent qu’un palliatif, souvent intéressant, mais nécessairement transitoire et parfois contre-productif (certains agro-carburants ou l’abus d’éoliennes dans des sites touristiques remarquables). Cette urgence de la décroissance énergétique passe donc inéluctablement par une transformation complète de nos modes de production, de transport et de consommation.

 

- Pour les modes de production, nous avons déjà vu que la tertiarisation de l’emploi insulaire limite cette contrainte. Encore faut-il que des négociations permanentes soient menées avec les organisations patronales et syndicales des différentes branches (notamment dans les travaux publics), pour que l’amélioration permanente des normes écologiques soient mises en œuvre et respectées, à l’aide de procédures d’évaluation pluraliste et contradictoire.

 

- Pour les transports, ceci signifie à la fois, au niveau global, de privilégier les activités de proximité (qui réduisent les transports de marchandises), et au niveau personnel, une réduction drastique de la motorisation effrénée de l’île. Le civisme de chacun peut y contribuer, mais ne faut-il pas aller jusqu’au bridage général de tous les véhicules : comment justifier que l’on continue de vendre des voitures ou motos, dont les vitesses de pointe sont totalement illégales sur l’ensemble du territoire ? Ce qui est vrai ailleurs, l’est encore plus dans une île où le nombre de morts sur la route (pour la plupart très jeunes) est particulièrement grave, et où nos niches écologiques sont particulièrement menacées : là où des îles de très petite dimension ont su interdire toute circulation, la majorité de la population d’une île moyenne comme la nôtre est-elle capable d’interdire la circulation de tous les véhicules, qui dépassent les 100 km/heures ? Il faut de même appliquer ce souci d’économie d’énergie à l’ensemble des activités de loisirs terrestres et nautiques, après une véritable concertation avec l’ensemble des responsables intéressés.

 

- Pour la consommation, il faudra inéluctablement aller plus loin et si nous voulons que cela se passe sans traumatisme, il faut commencer immédiatement, qu’il s’agisse de l’isolation de l’habitat, des excès d’usage de l’électricité et des abus de piscines ou de la climatisation. La véritable transformation des mœurs qui est en train d’être gagnée contre la tabac et l’alcool, quand il s’agit de notre santé individuelle, ne devrait-elle pas l’être dans des domaines qui conditionnent notre santé collective ?

 

Ne peut-on, avec l’ensemble des organisations écologiques et ous les citoyens motivés, lancer la proposition d’un vaste plan « île propre », dont le recul de l’usage des sacs en plastique a montré qu’elle rencontrerait une réelle adhésion dans l’opinion, et qui serait un atout important pour nous orienter vers le tourisme de qualité que nous appelons de nos vœux ?      

 

* Elle doit s’inscrire dans un contexte d’économie de proximité

 

« Créer de nouveaux emplois pour de nouveaux services » a longtemps été une revendication syndicale, négligée par les politiques. Pourtant à la longue, la nécessité d’une telle démarche s’est imposée et les différents moyens administratifs et juridiques de faciliter ces créaions existent. Mais le talent de bonimenteur de Borloo montre surtout que l’on peut faire d’une bonne idée un mauvais usage. Le dispositif actuel est fait uniquement pour les plus favorisés : basé sur des exonérations d’impôts, il profite d’autant plus aux riches, et ne bénéficient à près de 60% des ménages, les plus nécessiteux, qui en Corse ne sont pas assujettis à cet impôt. De plus, le fait que les services de proximité puissent être gérés de gré à gré transforment leurs bénéficiaires en « patrons fictifs » (pour qui il ne s’agit bien souvent que blanchir du travail fait jusque là « au noir » et donc dispendieux pour les finances publiques) et ceux qui les aident en de « nouveaux domestiques » (pour reprendre l’expression d’André Gorz). Autrement dit, il s’agit de « petits boulots » destinés à renforcer le confort des plus nantis et qui coûtent un montant abusif aux finances publiques.

 

Or, les études menées plus particulièrement dans notre île, avec le concours de chercheurs de l’Université de Corte, montrent que, aussi bien dans des les zones rurales les plus désertifiées (comme le Bozio) que dans les milieux défavorisés de nos agglomérations, c’est principalement la population comprise entre l’avant dernier[7] et le sixième décile, qui serait intéressée à la condition de ne payer que la moitié du coût de ces services : c’est donc potentiellement 1a moitié de la population permanente de l’île (150 000 personnes) qui est concernée, sans parler des résidents temporaires. Or, le nombre d’emplois nécessaire est de l’ordre d’un pour 10 demandes. La masse potentielle d’emplois est donc finalement d’environ 15000 pour l’ensemble de la Corse, ce qui, même en tenant compte de ce qui existe déjà, légalement ou non, en fait sans doute le premier enjeu d’emplois dans l’île. Or, les études les plus précieuses démontrent que de tous les systèmes d’aide à l’emploi existant, celui proposé ici est de loin le moins onéreux pour les caisses publiques dans des proportions qui avoisinent souvent les 50%, ce qui n’est guère étonnant, puisque l’on demaderait une contribution de 50% aux

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Jeudi 11 octobre 2007

Contribution à un programme de la gauche alternative

Dumé Mauny

 

 

 

Budget participatif à l’échelon municipal :

Pour la plupart de nos hommes politiques, la démocratie participative consiste à se rapprocher des masses populaires pour « expliquer » telle ou telle mesure politique. Ils n’envisagent absolument pas une vraie communication, c’est à dire fonctionnant dans les deux sens. Pourtant, cela leur permettrait à la fois de s’inspirer des réalisations nombreuses et pertinentes de la société civile et de répondre au plus près aux besoins de la population.

Ainsi, à Porto Alegre, au Brésil, le budget municipal est élaboré à partir des réunions organisées dans les différents quartiers pour déterminer les besoins et les priorités à opérer. Le rôle des élus et de leur équipe municipal consiste à animer et coordonner ce travail, puis à le traduire par des choix budgétaires.

Nous pensons qu’une telle organisation municipale est possible et souhaitable pour toutes nos communes. En effet, outre le résultat en étroite adéquation avec les besoins, un tel processus constitue un exercice de démocratie active particulièrement riche d’un point de vue social car il concerne et intègre toutes les composantes de la société (jeunes, étrangers, exclus etc…)

 

La gestion des déchets :

            Il existe aujourd’hui un véritable lobby de l’incinération des déchets qui parvient à convaincre des élus malgré le coût économique et environnemental de ces installations. Ainsi, en Corse, un projet d’incinérateur privé est en passe de s’imposer. Un collectif d’associations et d’individus s’est créé et a produit un plan alternatif à l’incinérateur, présenté jusqu’alors comme seule solution au problème des déchets.

Elaboré à partir des résultats d’usines existantes et par des personnes compétentes et sérieuses, ce plan propose une solution de tri sélectif qui permet de traiter et de recycler une partie des déchets et d’enfouir un résidu assaini. Le tout pour un coût moindre et un volume d’emploi supérieur. C’est bien entendu cette solution que nous préconisons réalisé dans un cadre public et transparent.

 

La création d’une télévision publique au service de la population :

            Il nous paraît important de créer un média sur le modèle de la télévision publique vénézuélienne, Tele vive qui envisage son rôle comme étant, avant tout, une mise à disposition technique et logistique du moyen d’expression « vidéo ». Ils proposent des stages permettant d’acquérir le minimum de connaissances pour construire un sujet et laissent les personnes réaliser leur document vidéo.

            D’autres objectifs seront assignés à ce média publique, en premier lieu, une véritable éducation populaire. En effet, on observe aujourd’hui que les sciences qui nous permettent d’appréhender la réalité qui nous entoure, comme l’économie, la philosophie, la sociologie etc… nécessitent un apprentissage permettant d’appréhender les concepts de base. Sans ce bagage, les discussions de spécialistes nous semblent incompréhensibles et pourtant ils débattent de notre réalité collective, dans laquelle chaque citoyen a le devoir de se prononcer.

            Enfin, dernier objectif : assurer une transparence quant au fonctionnement de nos institutions républicaines et notamment celles qui ont pour mission de définir la politique qui nous est destinée (Conseil Général, CTC etc…)

 

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Mercredi 10 octobre 2007

CULTURE

 

 

 

         Si la Corse a été, depuis toujours, une machine à fabriquer les corses, il faut savoir aujourd’hui qu’elle a en face d’elle une machine encore plus puissante, qui est capable – si l’on n’y prend garde – de fabriquer un peuple étranger sur sa propre terre.

 

Car les Corses ont autant fait la Corse que la Corse les a fait.

 

Certes, et tous les voyageurs pressés l’ont écrit avec exclusive, il faut célébrer la beauté sauvage de ses paysages naturels. Et  faire l’impossible pour la conserver.

 

Mais nous, qui d’un regard patient avons parcourus et les siècles et les choses, savons que la vie sur cette île a été un long rapport de lutte et d’apprivoisement, entre l’homme et la nature.

 

Partout, pour celui qui sait voire, les signes de cette lutte et de cet apprivoisement affleurent : de l’eau de nos plaines canalisée par des drains souterrains aux rochers de nos montagnes fendus en pierre à construire des murs, des maisons, des citadelles, tout nous enseigne le travail de l’homme, l’équilibre, le rapport dialectique.

 

C’est de ce rapport que naît l’identité, comme réponse spécifique de chaque moment de l’aventure humaine, dans un lieu et une situation donnés.

 

Et l’identité, ce qui rend un être humain, une communauté, identifiables, se manifeste sous la forme d’un ensemble complexe de comportements que l’on a l’habitude de réunir sous le vocable : culture.

 

C’est pourquoi nous devons inventer les réponses dont l’avenir est gros, c’est à dire une nouvelle culture.

 

Car ne croyons pas que nos paysages nous sauverons : c’est nous qui devons assurer leur sauvegarde, et, mieux encore, nous sauver ensemble.

 

Mais ce n’est pas un hasard si se sauver peut aussi vouloir dire s’enfuir. Il ne peut en aucun cas s’agir d’autre chose qu’un acte de courage, de résistance et d’esprit offensif à la fois. Car toute panique, produisant  le repli, voire la débandade, serait mortelle. Or, la culture, c’est le pain de la vie.

 

U LEVITU

Il faut, pour que la pâte lève, le bon levain, en quantité juste et mis au bon moment.

Il faut aussi, quand le ferment a accompli son effet, en prélever une partie, une petite partie, la conserver avec précaution, pour demain l’introduire dans la nouvelle pâte qui, à son tour, lèvera, produisant ainsi, jour après jour, chaque fois différent mais toujours reconnu, notre pain quotidien.

         Ainsi en est-il de l’identité comme levain de l’économie, moteur du développement.

 

         L’identité insulaire et l’attachement qu’elle inspire aux individus comme aux groupes   sont des constantes de l’être corse. Elles représentent un atout et doivent, à ce titre, inspirer le projet en cours de discussion et d’élaboration. Dans la mesure où elle ancre le sentiment d’exister dans un temps et un espace qui excède les limites biographiques, l’identité culturelle renforce et élargit la conscience de l’existence individuelle. Mais la diversité interne de l’identité corse est, dans le même temps, apprentissage de l’ouverture.

Ainsi, elle garantit l’intérêt et l’attention portés au patrimoine de l’environnement naturel et de la civilisation et peut ainsi favoriser l’adhésion générale aux différentes actions et politiques à mettre en œuvre ou à développer.

         Nécessité éthique, la réhabilitation de l’identité culturelle ne suffit pourtant pas, en tant que telle, à porter un projet dynamique et créatif. La conscience identitaire s’est forgée sur l’idée dominante qu’il faut « conserver  avant d’ouvrir ». Ramassée sur de louables attitudes de préservation et de thésaurisation, on la découvre, malgré quelques déclarations d’intention, peu encline à envisager l’union harmonieuse de la tradition et de la modernité, de l’héritage et de l’innovation. Or, l’identité, ainsi conçue, est un gisement de ressources inertes et qui s’étiolent à rester inexploitées. On ne répètera jamais assez que les cultures vivantes et prospères sont celles que l’évolution inquiète et qui acquièrent les moyens de dépasser cette inquiétude dans des œuvres créatives et des attitudes actives.

 

Dégager l’identite de la memoire

 

         Nous avons pris l’habitude de qualifier d’historique le moment que nous vivons. Or, nous savons que l’histoire est moins conservation que construction. L’identité culturelle doit être dégagée de la mémoire pour poursuivre son chemin. La chose n’est pas aisée à faire. Elle n’est même pas aisée à déclarer, car quelles que soient les précautions oratoires, l’amour soucieux de l’identité voit aussitôt dans cette proposition, reniement et trahison. C’est pourtant la condition sine qua non de la perpétuation dynamique de l’identité culturelle, de son adaptation à la Corse actuelle et de l’exploitation raisonnée et maîtrisée du patrimoine.

         Ce changement de perspective repose nécessairement sur la mise en œuvre d’une politique résolue de développement des «  industries » de la langue, de la culture, des arts, du patrimoine et de l’environnement, pensées au centre du développement économique.

         Impulser ici et dans ces domaines, une telle dynamique passe évidemment par des précisions statutaires permettant une maîtrise exactes des compétences, des ressources et des outils sans laquelle l’action restera partiellement ou insuffisamment efficace, dans le meilleur des cas. Le politique doit soutenir résolument le développement des industries culturelles.

Certains outils existent, ils sont à perfectionner comme l’intervention directe du financement public ou les avantages fiscaux capables de susciter l’aide privée du mécénat.

         D’autres sont à créer, comme le dégrèvement d’impôt sur les activités culturelles, qui doit s’accompagner d’une mise à plat de la situation financière actuelle

 

 

 

 

Ouvrir la perspective du développement global

 

         Dans ce dispositif d’ensemble, la question de la langue occupe une place primordiale. Aspect central du patrimoine, ferment d’histoire, la langue n’est pas une essence mais elle est essentielle. Si on lui applique le même renversement de perspective, si on admet qu’elle est, comme chacune des composantes de l’identité, principe actif et non acquis donné (ou intangible), alors, la nécessité de la doter d’un statut officiel n’est rien d’autre que cela, mais tout cela. D’autant que, dans ce domaine, les trente dernières années ont permis des résultats qu’il faut cesser de minimiser. A titre d’exemple, on citera les gestes pionniers des acteurs culturels. Ce sont eux qui ont ouvert et qui ouvrent des voies praticables pour la (re)connaissance de notre culture ; en Corse comme à l’extérieur. On rappellera aussi l’existence d’une centaine de professeurs certifiés Langue et Culture Corse dont la double légitimité culturelle et académique n’est pas assez exploitée ; ou encore le travail pédagogique considérable accompli par des enseignants pénétrés de leur mission éducative et animés d’un amour de la langue corse au dessus soupçon. On ne voit pas comment les politiques à mener pourraient être imaginées en se passant de cette accumulation d’expériences, de documentation et de savoirs, ni, a fortiori, de ceux qui les ont acquis. Ce sont eux qui nourriront les indispensables missions d’analyse, d’évaluation et de prospective qui doivent accompagner la transformation large, durable, progressive que nous souhaitons.

 

De l’identité au service du partage

 

         L’idée de développement global signifie que les productions et les réalisations répondent à une nouvelle exigence. Ils devront favoriser la perception d’un enracinement dans une identité culturelle revitalisée et pensée comme participation aux modèles et aux langages universels qui traversent notre île et notre temps. C’est dire que nous parlons d’une culture en mouvement et d’un sens inédit à donner à notre identité.

         Le paradoxe corse, pays pauvre parmi les riches, riche parmi les pauvres, situé au Sud du Nord, et au Nord du Sud, peut répondre au défi de donner un contenu réel à l’expérimentation d’un nouveau rôle dans le monde d’aujourd’hui : être le laboratoire où se produisent en convergence de la richesse, de la justice sociale et du sens.

           Ces orientations impliquent des choix qui ne sont que des contraintes techniques, les conditions obligées de l’action.

         Les reste, et pour tout dire l’essentiel, est surtout affaire de formation, c’est à dire d’investissement sur le long terme. Or, dans ce domaine, le déficit est criant et fait que la Corse n’est pas en mesure aujourd’hui d’assurer de manière satisfaisante la réalisation des projets que son présent inspire à ses enfants. On doit restituer aux Corses une capacité de répondre par la création aux sollicitations du présent. C’est une œuvre de longue haleine dont les mesures évoquées ici représentent une base minimale.

         C’est l’un des paris les plus dignes d’une identité confiante de son avenir.

 

 

 

Cette contribution est largement inspirée par un texte que j’avais précédemment co-signé avec Ghjacumu Thiers

                                                                                   Toni Casalonga, le 25 Septembre 2007

Par erasmo - Publié dans : les textes en discussion
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Jeudi 20 septembre 2007


Yves DONSIMONI au CARRE des fusillés le 18 aout 2007

Avant de débuter mon allocution, je tiens à vous dire, que nous tous militants de l´ANACR de la Haute-Corse, anciens résistants comme Amis de la Résistance, nous pensons à notre président et ami Batti qui, il y a un mois, jour pour jour, nous quittait. Je veux ici lui rendre hommage en notre nom à tous en l´associant à notre cérémonie et personnellement je lui dédie l´ intervention de ce jour.
_______________


Le 18 août 1943 était fusillé « le radio de la résistance corse » Pierre GRIFFI alias Denis . Le Commandant L´HERMINIER, du sous-marin CASABIANCA nous dit de lui : « je considère comme un devoir d´évoquer l´héroïsme du radio GRIFFI qui a fait partie de l´équipe Pearl Harbor du commandant DESAULLE. GRIFFI, pendant huit mois, émet deux cent quatre vingt-six messages ; il est obligé de fuir plusieurs fois, mais échappe à la poursuite de la gestapo.

Un jour, il est surpris en plein travail, au mois d´août, près d´Ajaccio. Il a le temps d´achever son émission avant d´être pris. Il n´avoue rien malgré les tortures. Son procès se déroule devant le conseil de guerre italien. Il est naturellement accusé de trahison, car les italiens prétendent que les Corses sont maintenant sujets italiens.

Mais le Président du Tribunal, profondément bouleversé par l´attitude patriotique de GRIFFI, le félicite de son courage et lui avoue qu´il est au regret que les lois en vigueur l´obligent à le faire fusiller. GRIFFI n´a cessé de répondre avec mépris aux questions qu´on lui a posées.

Il n´a jamais cédé, et quand le Tribunal lui laissa la parole en dernier ; il scanda fièrement cette phrase : « j´ai à dire que je regrette, si près de la libération, d´avoir été pris et de ne plus pouvoir vous faire de mal. »

Il énumère les renseignements qu´il a passés et qui ont permis aux Alliés de remporter des succès comme le torpillage du Francesco Crispi, paquebot italien, au large de Bastia.

On l´emmène au poteau d´exécution. Pas un de ses traits ne trahit son angoisse devant la mort. Il a confiance. Il sait que la France va gagner ; il meurt fier d´avoir contribué si brillamment au succès de nos armes.

Avant de mourir, il fait savoir au commandant DESAULLE qu´il le remercie de toutes ses bontés et au CASABIANCA qu´il lui est reconnaissant de son accueil et de la réussite de sa mise à terre.

Cher GRIFFI, que n´aurions nous fait pour des braves comme vous. »

C´est en ces termes que s´exprimait le Capitaine de Vaisseau L´HERMINIER. Et je crois que l´on peut dire que le portrait tracé de Pierre GRIFFI, représente et symbolise ainsi l´ensemble de ses 14 camarades de combat morts ici à Bastia, au carré des fusillés ; tous épris de Liberté, de Justice, et ne pouvant accepter de vivre sans combattre. Leur rendre hommage est pour nous à l´ANACR, une nécessité fondamentale inscrite dans notre démarche contre l´oubli et pour la perpétuation du message de la Résistance. Nous pensons aussi à tous les déportés et leurs familles, à tous les combattants sans frontières, comme Charles Bonafedi, mort loin de Corse, en terre Slave, avant d´avoir eu 2O ans... qui ont osé se dresser contre la barbarie. A tous ceux qui de près ou de loin ont participé et contribué de par leurs sacrifices à la chute du nazisme et du fascisme, l´ANACR de la Haute-Corse proclame son indéfectible lien qui nous unis à eux et qui nous conduit aujourd´hui encore à répondre présent , pour leur rendre l´hommage qu´ils méritent.

Nous assurons enfin à tous nos Amis de la Résistance que nous serons à chaque fois présent, pour nous souvenir, nous recueillir, mais aussi pour rappeler les idéaux de la Résistance inscrits dans le programme du Conseil National de la Résistance. Notre vigilance sera de toute heure pour indiquer à tous, que la défense des fondamentaux de la République était bien dans l´esprit de la Résistance et de ses combattants.

A l´heure ou les « ruptures » sont à l´ordre du jour dans notre République, l´ANACR de la Haute-Corse, sans en nier leurs nécessitées urgentes, face à la loi triomphante de la finance et de la spéculation, assure de sa détermination l´ensemble de nos Amis de la Résistance, qu´elle combattra toujours dans le cadre d´une éventuelle « rupture », pour un retour aux sources aux principes fondateurs de la République, des valeurs de la Résistance, seule rupture susceptible à nos yeux de défendre l´intérêt général, le travail, dans la justice sociale et la paix. Le sacrifice des résistants, des patriotes, était nous le savons, pour ces nobles idéaux de fraternité.


Gloire et honneur à eux.

Par marie lucie - Publié dans : évenements
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Jeudi 20 septembre 2007

texte de Domique TADDEI

A l’origine du mot nation :

 

Le mot de nation, et bien entendu, l’ensemble de ses dérivés, a pour origine le latin natio, issu du verbe nascio, -ere, qui veut dire naître. Plus précisément, le substantif est dérivé, comme c’est fréquemment le cas, du supin, nascium. Au sens originel, il signifie ainsi dans toutes les langues ultérieures qui ont repris cette racine, les natifs d’un territoire (ou par extension ceux qui en sont originaires), et qui partagent généralement une même langue ou une même culture, sans que cette dénomination ait alors une portée juridique et politique.

 

Pourtant, la désignation d’un ensemble de population par une même appellation peut, ne serait ce que par les généralisations plus ou moins opportunes auxquelles elle donnent lieu, tendre à attribuer une communauté de caractères ou de destin à cet ensemble. Ceci se rencontre déjà, en langue latine, à mille ans d’intervalle, dan des circonstances particulièrement importantes :

 

- chez Cicéron, dans sa Philippique contre Marc Antoine, en 44 avant notre ère : « Omnes nationes servitutem ferre possunt, nostra civitas non potest »[1] ; cette notion de supériorité dans l’altérité se retrouve aussi, quoique suivant une autre summa divisio, chez Saint Jérome, dans sa traduction latine du Nouveau Testament, où il désigne les non-chrétiens comme les « autres nations » ; 

 

- Liutprand, évêque de Crémone, dont la langue maternelle, le lombard, était germanique, écrit en 968, en latin, pour défendre les possessions  de son maître, l’Empereur romain d’Occident, Otton 1er, contre celles de son homologue d’Orient, Nicéphore II : « la terre que vous dites appartenir à votre empire, appartient, comme la nationalité et la langue de ce peuple le prouvent, au royaume d’Italie ».

 

Il y a donc bien toujours eu des ambiguïtés, dans l’usage du mot nation et de ses dérivées, dont témoigne encore aujourd’hui particulièrement, l’anglais, devenu la nouvelle langue dominante : on sait, en effet, que si les citoyens du Royaume Uni ont la nationalité britannique, le pays se compose très officiellement de quatre nations, anglaise, écossaise, galloise et nord irlandaise. L’ancien et le nouveau sens du mot nation coexistent chez ces autres insulaires, avec moins  de gêne apparent que pour les esprits français plus cartésiens, qui ont du mal à admettre que 1 = 4 !

 

Du sens ancien au sens contemporain de la nation :

 

Malgré cette ambiguïté du mot nation, vieille de plus de deux mille ans, il semble que les historiens des différentes langues[2] s’accordent à distinguer deux époques, au cours desquelles, le substantif « nation » va connaître successivement deux acceptions principales, essentiellement différentes : d’abord, jusqu’au XVIIIème siècle, il signifiera le plus souvent, l’ensemble des personnes, désignées par leur origine géographique, leur langue ou leur culture. Ainsi, Louis XIV, fustigeant les gardes du pape, « de nation corse » au point que ces derniers les remplacent définitivement par des gardes suisses ; ou encore tel dignitaire génois, jusqu’en 1729, peut désigner une personne ou un groupe, comme de « nation corse », comme on aurait pu écrire, de nation picarde, basque ou helvète, sans que cette qualification accorde aux intéressés aucune qualité ou aucun droit particulier. L’ensemble de la population constituant une nation donnée ne constitue donc jusque là qu’une addition d’individus et non pas une catégorie politique, connaissant une situation juridique distincte de celle des autres.

 

« La notion moderne de « nation » émerge véritablement au XVIIIème siècle », comme l’affirme le Dictionnaire historique de la langue française de Robert. Toutefois une vision franco-centrée, de l’évolution de l’Europe (et du monde) donne à penser que le passage à la conception contemporaine de la nation, comme une catégorie politique essentielle, daterait de la Révolution française, et plus précisément de son premier théoricien, l’abbé Seyiès : c’est bien sous son inspiration que les Etats Généraux convoqués par le Roi vont se transformer en Assemblée nationale Constituante. Cependant, ce basculement n’est pas principalement celui des seuls intellectuels, mais surtout celui d’une grande partie du peuple : c’est bien, en effet, à la même période que les « Vive le Roi » vont être de plus en plus couverts par les « Vive la Nation » ! Car s’il est bien vrai qu’il ait fallu une révolution pour procéder au formidable basculement, qui fait passer d’une signification géo-ethnique, relativement anodine et variable, à un concept essentiel de l’histoire universelle de ces deux derniers siècles, ce ne fut pas la grande Révolution française, mais, près de 60 ans plus tôt, la plus modeste et toujours sous-estimée révolution corse, qui a opéré cette mutation !

 

Les premiers révolutionnaires corses inventent le sens contemporain de la nation :

 

Au début de juin 1730, dans un des premiers libelles révolutionnaires, circulant à Bastia, le terme de Royaume est le plus souvent employé, pour désigner la Corse et ses habitants. Toutefois, à la fin de ce texte, on rencontre, comme esquissé, le terme de nation - plus précisément, « onorata nazione » -, sans toutefois qu’il revête encore là, son sens politique plein et entier.

 

C’est, à notre connaissance l’assemblée des théologiens, réunis à Orezza par le chanoine Orticoni, qui va, pour la première fois, lui donner son véritable sens politique[3]. Alors que les réponses apportées aux quatre des sept premières questions posées à cette assemblée, étaient, de l’avis de tous les historiens, particulièrement modérées, celle faite à la cinquième question, fait soudain basculer le sens du mouvement en cours : «  à supposer que le gouvernement génois accorde les requêtes et promette de respecter les concessions, est-il prudent de se fier à ses promesses ?» ; la réponse fuse : « la Nation doit rester armée de peur de quelque surprise ». Et, face à la sixième question, qui évoque la situation inverse (à vrai dire, beaucoup plus probable), la réponse est encore plus lapidaire : « la Nation doit rester unie ». En d’autres termes, les théologiens corses sont, à notre connaissance, les premiers dans l’histoire, à affirmer, que, quelque soit ses actes futurs, la puissance, qui les a jusqu’ici dominés, aura désormais en face d’elle une Nation : le grand mot était lâché. Les insurgés corses se définiront désormais, durant les 4 décennies de combat qui s’en suivent, sous les yeux de toutt l’Europe éclairée, comme « nationaux », distinctement de leurs compatriotes, qui ne partagent pas leurs combats ; de la même façon, ils désigneront leurs chefs militaires, comme « généraux de la nation corse ».

 

Pourquoi inventer ce sens politique du mot nation ?

 

La question essentielle, qui est posée aux théologiens d’Orezza, officiellement convoqués par les chefs que les insurgés se sont donnés quelques semaines auparavant, mais en fait réunis par le chanoine Erasmo Orticoni, est celle de la légitimité de leur rébellion contre le « prince », la République Sérénissime de Gênes qui les gouverne. Dans la sphère catholique romaine, où se trouve évidemment la Corse, la doctrine alors largement dominante (mais non exclusive) est celle de Bossuet, suivant laquelle la souveraineté est de droit divin (donnée directement par Dieu), ce qui interdit aux sujets toute rébellion, quelque soient les torts du souverain ! Il existe toutefois un courant (catholique), évidemment très minoritaire, qui trouve ses racines dans le Regimine Principum de Saint Thomas d’Aquin, et qui considère que Dieu a donné le pouvoir au peuple, lequel a ensuite confié celui-ci à un Prince. Toutefois, si ce dernier a usurpé ce pouvoir ou l’exerce de manière tyrannique, il peut être possible de le renverser. Mais cet acte de rébellion, pour être légitime, doit être le fait d’une démarche collective, et non pas individuelle, et la question qui se posait aux théologiens corses était de désigner la collectivité au nom de laquelle ils se rebellaient.

 

Saint Thomas d’Aquin avait parlé de « multitude », ce qui, loin des querelles ultérieures (de Spinoza à Toni Negri), était compris dans son sens étymologique de « très grand nombre » et, par là-même, demeurait vague. De son côté, le terme de Royaume de Corse indiquait la nature théorique du régime politique, de façon d’autant plus abstraite qu’aucune dynastie indigène n’a jamais régné sur l’île. De plus, les Corses se servaient principalement de la notion de Royaume, pour mieux l’opposer à celui de République, qui désignait le pouvoir génois honni (ce qui interdisait a fortiori d’utiliser cette référence à la res publica) ; en bref, une référence constitutionnelle ne pouvait suffire à désigner la volonté collective d’une population. Le terme de peuple aurait sans doute eu plus de chance de retenir leur attention, s’il ne comportait en italien une ambiguïté qui était alors pour eux rédhibitoire : « populo » désignait plutôt la plèbe (pour ne pas dire la populace), plutôt que l’ensemble de la population et, en tout cas, écartait la noblesse, dont une partie au moins des élites revendiquait le statut, dès le mois de mai 1730[4].  C’est ainsi que le multitudo de l’auteur de la Somme Théologique est devenu, la nation, chez nos néo-thomistes insulaires.

 

La portée du concept de nation dans la Révolution corse :

 

Celle-ci est capitale, mais elle ne doit évidemment pas être mal interprétée. Plus précisément, l’invention du concept politique de nation est essentielle pour revendiquer, l’affirmation  révolutionnaire, même encore aujourd’hui, du droit des peuples[5] à disposer d’eux-mêmes, autrement dit leur auto-détermination. Par contre, il ne préjuge en rien de la façon dont ce peuple entend l’exercer dans les conditions (politiques, historiques, culturelles, géographiques, etc.), où il se trouve.

 

Dans le cas, des révolutionnaires corses, qui sont donc, non seulement à l’origine même du concept contemporain de nation et par là-même du droit à l’auto-détermination, mais qui tentèrent (pendant près de 40 ans) d’être les premiers à le mettre en œuvre, il est évident qu’ils durent plusieurs fois changer d’objectif politique principal, tout en restant fidèles à la philosophie politique qu’ils avaient eux-mêmes inventée. On notera que ces fluctuations politiques ne sont pas dues pour l’essentiel à leur versatilité, ni aux changements de rapports de force entre les chefs et leurs clans respectifs, pourtant bien réels, mais aux bouleversements continuels de la politique européenne entre les principales dynasties, entre les Bourbons et les Hasbourgs d’abord, entre les royaumes de France et d’Angleterre, ensuite, au temps de Pascal Paoli. On peut, dans ce contexte particulièrement mouvant, distinguer trois objectifs successifs des révolutionnaires corses, tous compatibles avec la revendication nationale, dont ils venaient d’inventer le sens, et avec d’inévitables retours en arrière, du moins entre les deux derniers :

 

- dans un premier temps, il s’agissait officiellement d’arracher aux génois un ensemble de réformes majeurs, qui feraient sortir la Corse de son statut colonial, pour accéder à une forme d’autonomie interne, dont le chanoine Battesti semble avoir convaincu une partie minoritaire des autorités génoises, notamment le Magistrato di Corsica[6], dès février 1730 ;

 

- très rapidement (dès mai 1731, consulte de San Pancrazio), il s’agissait d’échapper définitivement à la souveraineté génoise pour admettre une autre souveraineté, avec laquelle on passerait une forme ou une autre de « convention ». A plusieurs reprises, par la suite, notamment durant les trois occupations françaises, en 1738, en 1749, et avant la bataille de Ponte Novo, diverses solutions de ce type ont été recherchées ;

 

- l’indépendance était une conséquence possible et légitime du droit de la nation à l’auto-détermination. Elle n’est toutefois apparue, durant la plus grande partie de la deuxième insurrection (en particulier, entre la fin janvier 1731 et le début de 1738) que, sous la forme d’une indépendance « par défaut » : c’est parce que tous les souverains étrangers ont récusé (notamment, le pape, puis les bourbons d’Espagne, voire le roi de France, le Grand Duc de Toscane ou l’Ordre de Malte), que les révolutionnaires corses proclament une indépendance, qu’ils placent d’abord symboliquement sous la protection de la Vierge Marie (janvier 1735), puis d’un aventurier étranger (Théodore, mai 1736), qui s’enfuira au bout de sept mois. Il faut comprendre les raisons de cette réticence, dont on retrouvera les arguments, sous une forme à peine différente, dans les relations entre Pascal. Paoli et Versailles, à partir de 1764.     

 

Les plus lucides des dirigeants corses (chefs et théologiens) n’ignorent pas, en effet, la contradiction dans laquelle se trouve la nation corse :

 

- d’un côté, elle occupe une position géo-stratégique remarquable, à la fois entre l’Espagne et l’Italie, de l’autre entre l’Europe et l’Afrique du nord, qui peut rendre ses présides[7] décisifs dans la conquête d’une hégémonie quelconque ;

- de l’autre, sa population est faible, son relief  est morcelé, les zones d’influence émiettées par la pratique ancestrale du clanisme, qui survit à tous les changements de régime et empêche tout pouvoir de reposer sur une base sociale cohérente. En d’autres termes, la Corse est une proie inévitablement tentante pour une grande puissance et ne peut, malgré sa vaillance, prétendre y résister bien longtemps. Dès lors, leur libre détermination, à laquelle tous les corses, et notamment ceux de ces 40 ans de luttes révolutionnaires furent particulièrement attachés, passe plus sûrement par une « convention » avec une de ces grandes puissances que par une indépendance formelle. C’est particulièrement le sens du projet défendu par les députés corses, durant l’été 1738 et, notamment par Erasmo Orticoni et Giovan Paolo Gaffory, futur général de la Nation.

 

 

Conclusion :

 

La nouvelle doctrine proposée par les théologiens corses est bien moins religieuse que politique. Si Saint Thomas en constitue la figure de référence, il y a rupture avec tous ceux qui l’ont utilisé auparavant, parce que ceux-ci, notamment les jésuites espagnols, en faisaient un argument des guerres de religion (contre les princes protestants), allant jusqu’à armer les régicides aux Pays Bas, en France et (du moins en intention) en Angleterre, alors que les théologiens d’Orezza se contentent d’arguments laïcs (quoi de plus terrestre que la revendication de baisse des impôts ?), pour renverser le Prince et conduisent la diplomatie d’Orticoni à demander l’arbitrage du pape, puisqu’il ne s’agit que de mener une guerre dans la religion : que les meilleurs catholiques gagnent !

 

Cette récupération laïque du Docteur théologique n’en est pas moins d’une rigueur et d’une habileté (elle convaincra au moins partiellement le Pape et une bonne moitié de l’Europe, malgré la crainte justifiée du précédent révolutionnaire qu’elle constitue), dont il est difficile de supposer qu’elle ait été largement improvisée. Tout donne, au contraire, à penser, qu’elle a au contraire été précédemment « mitonnée dans les cuisines » proches du Vatican, où se trouvaient en permanence, durant toute cette première moitié du siècle des Lumières, plusieurs centaines de prêtres corses. Bien entendu, ne serait ce que parce qu’une telle démarche suppose une motivation et une discrétion particulières, cette nouvelle doctrine politique n’a probablement été que l’œuvre de quelques uns : mais quelques docteurs en droit et en théologie, peut être des trentenaires, ambitieux pour leur île et/ou pour eux-mêmes : un Natali, futur évêque, un Gregorio Salvini, déjà présent à Rome[8], sans doute stimulés par leur aîné, Erasmo Orticoni, chanoine pénitentier à l’évêché d’Aleria, et en contact avec les principali de Tavagna, de tradition pro-vénitienne ; Orticoni est fréquemment à Rome, où il est protégé par des princes et des cardinaux (pro-espagnols).

 

Quoiqu’il en soit de sa genèse intellectuelle précise, bien au-delà de la Corse, les conséquences de cette nouvelle doctrine politique ont été foudroyantes, bien plus même que l’aventure napoléonienne, à laquelle renvoie d’abord les regards du monde sur la Corse. Elles l’ont été pour l’ensemble de l’Europe et des autres continents, pour le pire (le nationalisme belliciste) comme pour le meilleur : la recherche de la paix universelle, à travers la Société des Nation ou l’Organisation des Nations Unies. La révolution corse est la première révolution des lumières, parce qu’elle remplace dans les relations entre les peuples, le principe dynastique par le principe national : de là, sont nées les relations que nous trouvons aujourd’hui banales de qualifier d’internationales.


Annexe sur les débuts de la première insurrection corse

 

A partir de la révolte anti-fiscale de décembre 1729, un mouvement insurrectionnel se développe en Corse, dans un carré de 30 kilomètres de côté, bordé à l’est, par la côte orientale, correspondant au nord à Vescovato (siège de l’évêque de Mariana), au sud à Cervione (siège de celui d’Aleria) et ayant pour épicentre les pievi de Tavagna et de Moriani, autrement dit la Castagniccia, surtout maritime : depuis des générations, pour ne pas dire des siècles, les principali de ces pievi appartiennent à des familles tournées vers le commerce maritime, plus ou moins toléré par le pouvoir génois (les Battesti, notamment), et vers les carrières militaires, surtout au service de Venise (les Giappiconi, les Giafferi), comme c’est aussi le cas plus à l’est pour les Boerio et les Arrighi, ou plus au sud pour les Lusinchi[9]. C’est manifestement autour de Luigi Giafferi que la rationalisation et la radicalisation de la révolte et sa transformation en insurrection, puis en révolution, se produisent, beaucoup plus rapidement qu’on ne l’écrit généralement : on peut en effet faire remonter au 14 mai 1730, les prémisses de l’échec des négociations entre le commissaire génois Venoroso, ancien gouverneur, mais surtout ancien doge de Gênes, envoyé exceptionnellement[10] pour recueillir les dimande des Nobles XII et représentants de pievi. Or, ce même jour, il doit constater que ces dimande, aussi bien le préambule qui les justifie, que celles qui sont placées en tête, ne relèvent plus seulement des réformes fiscales, douanières ou judiciaires, qui avaient jusque là mobilisé les rebelli et autres mecontenti, mais qu’elles forment un ensemble de revendications de l’ensemble des catégories sociales, qui tendent à sortir les corses de leur statut de peuple colonisé. Or, ce même jour, Venoroso, simple coïncidence ou menace mal calculée de sa part, fait part de son désir de retourner à Gênes…. C’en est fait de l’état de grâce de quelques semaines, dont il avait pu jusque là bénéficier. Les dimande auront beau être adressées à Gênes, le 30 mai, les premiers écrits réellement révolutionnaires fleurissent, dès les premiers jours de juin à Bastia, sans attendre les réponses (qui ne seront officielles que le 10 août). Or, parmi ces libelles se distingue un écrit, qui se présente comme collectif et qui est évidemment anonyme dans les conditions du moment : « Raisons alléguées par les peuples de Corse pour justifier leur soulèvement ».

 

Selon M. Vergé-Franceschi, ce texte émanerait de Luigi Giafferi. Pour nous, de façon complémentaire, car les deux hommes étaient certainement déjà très liés, nous pensons y trouver l’influence du chanoine Erasmo Orticoni, pour trois raisons :

- c’est lui, qui, dès 1731, clairement rédigera les principaux textes de Giafferi et des autres chefs ;

- l’attention explicite portée pour la première fois aux revendications du clergé dans la rébellion crée une pésomption d’influence cléricale sur ce texte ;

- mais, surtout, l’usage par 3 fois de l’accusation de tyrannie, qui, d’un point de vue politique va justifier, quelques mois plus tard, la revendication d’auto-détermination, lors de l’assemblée des théologiens d’Orezza (mars 1731), que va précisément conduire Orticoni. Ce terme de tyrannie a, en effet, une signification théologique bien précise, tirée de Saint Thomas d’Aquin. Or, en 1444, le pape Urbain V avait déjà retiré le gouvernement de la Corse à la République de Gênes, pour ce même motif de tyrannie, avant de la lui confier à nouveau quelques temps plus tard. Il ne peut manifestement pas s’agir d’une coïncidence : les auteurs du libelle ont bien l’intention de pousser leur argument, quand, après l’échec anticipé de Venoroso, les circonstances s’y prêteront : ce sera à Aleria, quelques 9 mois plus tard, mais la graine était déjà semée en juin 1730, si l’accusation de tyrannie est bien celle qui engendre le concept contemporain de nation.



[1] « Toutes les nations peuvent tomber en esclavage, tandis que notre communauté ne le peut pas »

[2] Pour la langue française, le Dictionnaire historique… de Robert (tome 2, p. 1306) est particulièrement net. Pour les principales autres langues, les différentes versions proposées par Wikipedia aboutissent clairement à la même césure dans le temps, qu’elles situent au XVIIIème siècle, en citant généralement la révolution française, et en ne lui donnant, au mieux, comme antécédent, que la Révolution américaine, ce qui pour le sujet qui nous occupe est déjà bien tardif. 

[3] Pour plus de détails, nous nous permettons de renvoyer à la biographie que nous venons de lui consacrer, in « trois prêtres balanins au cœur de la Révolution corse » (Ajaccio, éd. Piazzola, 2006), notamment pp. 62 à 74. Tout en insistant sur la portée universelle des conclusions de cette Assemblée, nous n’avions pas pu alors cerner le basculement sémantique opéré par cet usage, quasi inédit, du mot « nation »

[4] A commencer par l’un des deux chefs désignés le 21 décembre 1731, Andrea Ceccaldi, qui prétendait descendre du mythique Ugo Colonna (dont on sait aujourd’hui qu’il n’a jamais existé) et être, par là-même parent des puissants princes Colonna de Rome, de tradition pro-espagnole. Dès sa génération, lui-même et son frère cadet, Sebastiano se feront désormais appelés Colonna Ceccaldi.

[5] Aujourd’hui, le terme de peuple n’a plus, de par l’effacement du statut de la noblesse, dans la plupart des langues modernes, le même type d’ambiguité. Ainsi, en France, il fut au centre des débats sur l’article 1er du statut particulier de la Corse, présenté par Pierre Joxe, ministre de l’intérieur : on sait que, contrairement à la majorité parlementaire de l’époque, le Conseil constitutionnel, alors présidé par Robert Badinter, n’accepta pas de valider la « reconnaissance d’un peuple corse, partie intégrante du peuple français », du fait de sa difficulté à distinguer l’égalité concrète de l’uniformité formelle.

[6] L’analyse la plus complète des archives génoises de l’année 1730 se trouve dans la thèse de doctorat de M. J. Acquaviva.

[7] Les autres arguments militaires, économiques ou autres, semblent souvent ad hoc chez les principaux décideurs de l’époque et n’ont jamais été validés, au cours de l’histoire. C’est bien du point de vue de la guerre maritime que la Corse peut présenter des atouts, qui peuvent dépasser les inconvénients que sa possession entraîne bien souvent...

[8] Durant la mission officielle d’Orticoni à Rome, durant l’été 1731, Salvini sera son très zêlé secrétaire, d’après les rapports de l’indicateur génois Carlo Bernabo.

[9] La meilleure initiation à ces stratégies familiales se trouve dans les travaux de Th. Giappiconi, déjà publié (« les corses et Venise », in ?) ou à publier. Nous le remercions chaleureusement de ses nombreuses informations sur le sujet. Pour la suite, une analyse plus approfondie de la période 1715-1729 dans ces pievi marines et des débats sur l’interdiction du port d’armes et la sur-fiscalité, que les génois imposèrent, devrait être entreprise.

[10] Il n’est arrivé que le 12 avril, mais il a d’abord reçu un accueil très chaleureux.

Par marie lucie - Publié dans : textes en construction
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Jeudi 20 septembre 2007

La renaissance de son identité passe par l’invention d’une démocratie plus représentative et plus délibérative.

Les contradictions dans le champ politique, non seulement déterminent le plus souvent la résolution des contradictions sociales, économiques et écologiques[1], mais elles constituent, de surcroît, un champ intrinsèque de contradiction supplémentaire. C’est pourquoi dans notre stratégie générale de transformation, nous devons tout à la fois expliciter un objectif stratégique, qui donne tout son sens à nos activités militantes, mais aussi des propositions immédiates, qui relèvent de l’urgence démocratique qui est celle de la Corse.

 

 

Un objectif stratégique

 

Nous savons que le souci invariant de maintenir leur capital relationnel a permis aux notables corses, encouragés par les administrations françaises successives, de perpétuer leur clanisme multiséculaire, sous des formes « modernisées » : ainsi, depuis l’avènement de la démocratie représentative et du suffrage universel, ce néo-clanisme se pratique sur un mode clientéliste, où la fraude électorale et le cumul des mandats sont des éléments essentiels de la pérennisation de la pulitichella : presque tout le monde l’a trop longtemps accepté, comme s’il s’agissait d’un trait identitaire, qui ferait parti quasi-naturellement du paysage insulaire, et si aujourd’hui un nombre grandissant de citoyennes et de citoyens affecte de s’en moquer, bien peu le combattent frontalement, sauf quand ils en sont ponctuellement victimes. Mais il se trouve simplement que cette pulitichella handicape de plus en plus la Corse, pour deux raisons fondamentales :

 

- d’abord, parce que, partout dans le monde, la démocratie simplement représentative, si elle demeure évidemment nécessaire, ne suffit plus, sous l’effet du progrès des connaissances de l’ensemble des citoyens et de la nécessité de leur intervention directe, face à la complexité croissante des problèmes collectifs à résoudre. La démocratie, sous peine de dégénérer, doit devenir délibérative : elle doit permettre aux citoyens[2] d’intervenir en amont et en aval des délibérations officielles, notamment par la mise en place de mécanismes d’évaluation pluraliste et contradictoire de l’ensemble des politiques publiques.

 

- Ensuite, parce que les avantages personnels (quelques emplois, logements, permis de construire, places de crêche) ou de petits groupes (subventions), qui pérennisent les fidélités claniques, deviennent de plus en plus dérisoires, face aux enjeux que l’ensemble des citoyens et toutes les collectivités humaines ont à résoudre. Ces effets conjugués entraînent en Corse, comme partout ailleurs en France et dans le monde, l’émergence d’un nouveau militantisme dans les mouvements sociaux, culturels et écologiques, la volonté d’une nouvelle citoyenneté active, paritaire, s’opposant à toutes les formes de discrimination : il s’agit au fond de métisser la construction de la nouvelle corsitude avec son inscription dans les nouvelles solidarités altermondialistes.

 

C’est pourquoi la Corse doit s’inscrire, dès demain, dans cette exigence démocratique et citoyenne, qui, tout à la fois, s’ancre dans son histoire, entre en résonance avec les tendances les plus profondes du monde contemporain et lui fasse retrouver ses capacités pionnières :

 

- En premier lieu, elle doit être digne de ses plus grandes heures : celle de la Révolution communaliste, qui toucha toute l’île, même si elle ne triompha finalement qu’en « terra del comune », comme celle de l’invention de la nation et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui fut l’œuvre des théologiens d’Orezza, et ouvrit la voie à la Constitution de Pasquale Paoli. Elle ne peut ainsi se satisfaire d’un rétablissement de la légalité républicaine banalisée (à Bastia, comme à Belfort ou Neuilly sur Seine), pour perpétuer l’ersatz de démocratie qu’elle a supporté depuis plus d’un siècle, qui fut celui de son euthanasie[3] : le rétablissement d’un authentique état de droit par les seuls moyens de l’état de droit est une condition nécessaire incontestable. Comme elle ne peut être, par nature, une condition suffisante, il appartient aux corses de définir et de remplir cette dernière.

 

- En second lieu, elle doit prendre la pleine mesure de la mondialisation et s’inscrire dans une perspective claire : la Corse n’a rien à attendre de Davos, qui reflète l’hégémonie américano-financière ; et tout à rechercher de Porto Alegre. Le mouvement altermondialiste représente bien l’internationalisme de notre temps et les Forums Sociaux mondiaux, continentaux, nationaux, régionaux ou locaux constituent la troisième révolution démocratique en trois siècles : la première fut, à partir du milieu du 18ème siècle  celle des Lumières, et on sait le rôle éminent qu’y jouèrent la Corse et les corses ; la seconde, à partir de la fin du 19ème siècle, fut l’irruption de la question sociale, et on sait aussi que la Corse l’a manquée, en même temps que son industrialisation, pour des raisons profondes que nous avons analysées ailleurs[4] ; la troisième est celle la citoyenneté active, qui ne se contente plus du bulletin de vote (dont on a trop fait en Corse d’usages illégitimes, dévoyant l’idéal démocratique), autrement dit, celle de la démocratie délibérative, qui associe l’ensemble des citoyens à toutes les décisions d’intérêt général, comme le firent nos ancêtres pendant des siècles, en renouvelant chaque année, leurs podestats, padre del comune et prieurs de leurs confréries : à cet égard, il faut bien admettre que la République française, qui se veut si pionnière, fut toujours en retard sur la Confédération Helvétique, cet autre peuple de montagnards, où la rotation des responsabilités est un principe absolu jusqu’au sommet de l’état.

 

- En troisième lieu, la renaissance corse doit être créative : comme elle l’est déjà dans le domaine culturel, comme elle commence parfois à l’être dans le domaine économique, elle a tout à inventer dans le domaine politique. Son exigence permanente est celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qu’elle a elle-même inventé, dès le printemps de 1731. Ceci ne signifie pas qu’à une époque donnée, ce droit à l’auto-détermination doive se concrétiser sous une forme plus qu’une autre : il est loisible de constater qu’il existe aujourd’hui une expression majoritaire en faveur d’une pause relative dans la volonté de réforme institutionnelle et que la volonté de tirer le plus complètement parti de l’actuel statut particulier l’emporte sur la volonté de le remplacer par un autre, plus audacieux. Toutefois, tout ce qui précède montre que cela ne signifie en rien le conservatisme politique, dans lequel barbotent les représentants des partis politiques hexagonaux, de droite et de gauche.

 

 

Des propositions immédiates :

 

Dès maintenant, la nécessaire stratégie de transformation politique de l’île doit s’appuyer sur des exigences citoyennes qui s’expriment bien ailleurs, mais que notre particularisme corse nous permet d’exprimer avec bien plus d’audace :

 

* parité femmes-hommes, par ce que la lutte contre le machisme est encore plus importante en Corse qu’ailleurs, et qu’elle est un point de passage obligé de la lutte contre toutes les violences. Elle s’impose au demeurant d’une manière inéluctable dans une société tertiarisée, dite de « l’intelligence » (vivions-nous jusqu’ici dans la bêtise ?), où le niveau moyen de diplômes et de qualification des femmes tend, en Corse comme ailleurs, à dépasser celui des hommes ;

 

* droit de vote et d’éligibilité de tous les habitants de l’île et donc des résidents extra-communautaires, installés depuis plus de 3 ans : qui peut croire que nous résoudrons le développement d’un apartheid de fait, qui se développe notamment à l’égard des marocains (sans lesquels il n’y aurait guère de BTP et d’agriculture dans l’île), avec les drames qu’il nous prépare, autrement que par la reconnaissance d’une citoyenneté de résidence ?

 

* interdiction du cumul des mandats et des fonctions dans l’espace et dans le temps, parce que le clanisme et le clientélisme ont encore plus besoin d’être éradiqués ici qu’ailleurs. Pour sortir ce débat de l’abstraction, nous proposons une série de réformes immédiates, conformes à la Constitution, mais dont l’adoption donnerait au statut particulier de la Corse son rôle d’invention démocratique :

 

- Elections des 2 conseils généraux au scrutin de liste proportionnel, ce qui est la seule manière d’imposer la parité inscrite dans la constitution, mais que bafouent plus que tout autre nos deux assemblées départementales. Pour éviter toutefois, que ceci se traduise par un écrasement des diversités rurales par les nouveaux centres urbains, ce mode de scrutin pourrait être organisé au niveau des arrondissements ou de circonscriptions de dimension équivalente, suivant la volonté exprimée par les populations. On pourrait ainsi imaginer que la Haute Corse comporte 3 circonscriptions (Bastia, Calvi et Corte), de même que la Corse du Sud (Ajaccio, Porto Vecchio et Sartène).

 

- L’interdiction de tout cumul d’un mandat parlementaire (député ou sénateur, français ou européen) avec l’exercice d’un quelconque mandat dans un exécutif territorial ou local (départemental, inter-communal ou communal). Il faut en effet mettre fin au favoritisme, dont se flattent les politiciens eux-mêmes et qui n’est rien d’autre, du point de vue des principes généraux du droit, qu’un détournement de biens sociaux. En outre, la disparition de ces cumuls élargira considérablement le nombre de citoyennes et de citoyens engagés dans les activités publiques, permettant une plus grande ouverture aux jeunes et aux milieux défavorisés, et ce mandat unique donnera une beaucoup plus grande disponibilité de temps et d’esprit à chacune et à chacun pour discuter avec l’ensemble de la population et les représentants de toutes ses composantes.

 

- L’interdiction de cumuler deux mandats exécutifs, qu’ils soient territoriaux, départementaux, intercommunaux ou municipaux. Il s’agit non seulement de lutter contre les mêmes maux que ci-dessus, mais d’éviter qu’ils ne se renforcent au fil des mandats : la prime au sortant est aujourd’hui en Corse un véritable aveu du clientélisme en vigueur.

 

- La généralisation de la séparation entre l’exécutif et le conseil délibératif, sur le modèle de l’actuelle assemblée territoriale, pour les départements, les communautés de communes et les communes de plus de 1500 habitants. Ce principe, hérité de Montesquieu, est mis en œuvre dans tous les autres pays européens, et il évite au chef de l’exécutif local (président ou maire) la tentation d’exercer ses fonctions de manière tyrannique par un juste équilibre des pouvoirs. Qui pourrait nier que ce qui fonctionne correctement au niveau de l’assemblée territoriale serait impossible au niveau des départements et des autres collectivités locales d’une certaine taille ?

 

- L’élection des instances inter-communales au suffrage universel direct, le même jour que les élections municipales et que les assemblées départementales. Alors que ces instances sont devenues essentielles pour toutes les décisions d’équipement qui conditionnent la vie de toute la population, elles sont aujourd’hui prises par des élus au scrutin indirect, désignés par leurs communes et donc tous juges et parties, dans la plus grande opacité à l’égard de l’ensemble des citoyens. De plus, la simultanéité des scrutins (qu’on retrouve dans toutes les grandes démocraties) permet à la fois de montrer l’importance des enjeux et d’éviter la lassitude des électrices et des électeurs.  

 

- L’interdiction d’exercer plus de deux mandats exécutifs successifs. Ce n’est pas l’âge, mais la longévité des fonctions qui perturbe la relation des élus à la population : au bout de quelques années, s’installe une véritable confusion entre l’homme et sa fonction qui dégrade l’un et l’autre. Au bout de 10 ou 12 ans, l’élu qui n’a pas démérité n’aura aucun mal, s’il le souhaite, à tenter de conquérir un autre mandat public, dans le système général de non cumul que nous réclamons. Sans une interdiction légale, la « prime au clientélisme » perpétue cet immobilisme politique, qui entrave nécessairement l’invention d’une identité corse en phase, et peut être même en avance sur son temps.    

 

L’ensemble de ces réformes, qui forment un ensemble cohérent, fournit en même temps un véritable clivage entre ceux qui entendent perpétuer le clanisme et le clientélisme (sous une forme ou une autre) et ceux qui veulent en finir avec ce qui reste l’un des principaux handicaps de la Corse. Certes, elles ne suffiront pas à elles seules à supprimer totalement un mal multi-séculaire. Mais cette bataille gagnée sera la preuve manifeste de ce que la Corse et la majorité des Corses sont désormais prêtes à se trouver à l’avant-garde des innovations démocratiques de notre siècle.

 

Domi Taddei (contribution pour les Assises de la Gauche Alternative).

 



[1] Nous renvoyons ici à notre texte « invariance et renaissance de l’identité corse »

[2] Les « budgets participatifs » de type Porto Alegre ou Berlin en offrent des exemples particulièrement intéressants.

[3] Entre 1850 et 1950, la Corse a perdu environ la moitié de sa population.

[4] Avec Florence Antonmarchi, Ecunumia Identitaria, Albiana, 1997

Par marie lucie - Publié dans : les textes en discussion
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Jeudi 20 septembre 2007

Extrait du Compte rendu réunion du vendredi 13 juillet 2007 à CORTE

 

Différents courants de la gauche de la Gauche s’expriment au niveau national pour simplifier : ceux qui attendent une scission de gauche au sein du PS, ceux qui veulent fédérer les appareils des partis antilibéraux, selon le modèle allemand, ceux qui se retrouvent dans un mouvement avec les militants d’associations, de syndicats, des dissidents de partis et les altermondialistes.

 

Concernant le « programme » de la gauche alternative, la nécessité de dépasser les 125 propositions s’impose. Il serait opportun de construire des grands axes de transformation (une dizaine), et de proposer un chemin pour y arriver.

 

Notre coordination pourrait travailler autour de 4 à 5 thèmes pour la préparation des assises régionales et comme apport aux assises nationales :

-       Analyser comment le clanisme bloque l’expression démocratique et quelles nouvelles formes de citoyenneté nous pouvons avancer.

-       Quel développement durable : perspectives économiques (quels emplois pour une société durable) et environnementale (projet pour un tout tourisme destructeur avec le PADDUC, Port de Bastia, spéculation immobilière) °, travail sur le tourisme solidaire (règles éthiques) et l’agriculture paysanne (quel mode de consommation).

-       Forum social des quartiers populaires : exclusion et racisme,  quelles solutions (cf. texte de Hélène SANCHEZ)

-       La corsitude (cf. texte de Dominique TADDEI qu’il propose de travailler avec Toni CASALONGA)

Les textes sont à construire ou a compléter, chacun doit pourvoir trouver sont thème de prédilection. Une nouvelle réunion aura lieu le 1er septembre pour faire le point (lieu et heure à définir).

 

Toutes les luttes sociales et environnementales feront l’objet de soutien. Louis TOMEI à transmis notre soutien aux salariés en lutte à France télécom.

 

Pour conforter notre coordination il a été décidé de créer une association loi 1901, association de moyen renvoyant à un règlement intérieur. Des propositions seront faites dans les prochains jours.

 

14h30-17h

Les représentants de MANCA NAZIUNALE étaient invités à ce joindre à nous.

Cette rencontre s’est déroulée dans le cadre fixé à  Ponte novo le 8 mai 2007 appelée "Unita populare" : discussions sur les valeurs portées par le mouvement progressiste, orientations pratiques concernant les prochaines échéances politiques. Plusieurs textes avaient été transmis à Serge VANDEPOORTE : Le premier texte de Dominique TADDEI, canevas de Corsitude et la charte élaborée par Toni CASALONGA avaient fait l’objet d’ne transmission a l’adresse mail de unita-pupulare@orange.fr le 18 mai 2007, mais ses textes ne seraient pas parvenus à leur destinataire ce qui expliquerais l’absence de réponse de MANCA à nos textes. Ont donc été transmis les textes Corsitude, Charte, Forum social des quartiers populaires.

 

S.V. rappelle les turpitudes de la gauche et a peur que l’on veuille reproduire en corse des débats qui nous sont étrangers. Il précise la riche histoire de MANCA, ses combats, ses expériences et ses engagements concrets auprès de ceux qui souffrent. Il indique le combat commencé dans le collectif pour la loi littorale. Il note que de nombreux militants se retrouvent plus dans le monde associatif que dans le monde politique. Il indique clairement qu’il ne peut y avoir de développement sans rupture avec le libéralisme ou alors on va vers de graves désillusions. Il rappelle comment le PCF a découragé de nombreux militants en particulier les jeunes en ne voulant pas reconnaitre la question nationale, les aspirations à l’autogestion et à l’autodétermination Il précise l’absence de lien avec les clandestins ce qui ne veut pas dire une absence de solidarité avec les jeunes militants emprisonnés, les familles objet de punition collective. Il rappelle par ailleurs les graves sanctions encourues par les syndicalistes de la SNCM et la difficulté de faire respecter le droit syndical.

 

La discussion a été très riche en sujet convergents avec nos points de vue mais  ne peut faire l’objet d’un compte rendu exhaustif. Il semblerait plus opportun d’échanger des textes. La coordination corse de la Gauche alternative a vocation à travailler en réseau plus qu’en démarche programmatique ; l’essentiel est la construction collective et l’échange permanent plutôt que des plates formes figées. M. Rodriguez représentant « Unita Populare » a par ailleurs pointé une des questions qu’il nous faut faire avancer : il rappelle comment dans la région de PORTO VECCHIO le travail au noir, l’exploitation éhontée des travailleurs est devenue tout à fait banale et donc difficile à combattre. La carence de l’Etat pour faire reculer l’économie souterraine favorise les comportements inhumains avec les travailleurs en particulier d’origine étrangère. Cette question doit être au cœur de toute analyse que nous pouvons faire sur l’activité touristique en Corse. La promotion d’un tourisme respectueux de critères éthiques doit être soulevée. Ce que nous demandons pour les échanges nord sud sont également valables pour la Corse. Promouvoir une activité économique respectueuse de l’environnement certes mais également des hommes qui y travaillent (saisonniers, bâtiment…) doit être exigée sur toute la filière, de la construction de logement au ménage de chambres d’hôtels ou des produits servis dans la restauration…

 

Manca a été invité à nos assises de Novembre et nous avons proposé un échange de textes.

 

 

Par marie lucie - Publié dans : structures
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Jeudi 20 septembre 2007

23-24 Juin 2007 Résolution

La coordination des collectifs unitaires, réunie à Saint-Denis les 23 et 24 juin 2007, et rassemblant des délégué-es de collectifs et comités unitaires, quels que soient les noms qu’ils se donnent, et quels qu’aient été leurs choix à l’occasion de la séquence électorale, a décidé d’organiser avant la fin de l’année 2007, comme cela avait été envisagé lors des précédentes coordinations de Bobigny et de Saint-Denis, des Assises dont l’objet est ainsi défini :

Nous voulons pérenniser notre existence en tant qu’espace commun de réflexion et d'action, structuré en collectifs locaux, coordonnés de manière efficace et visible.

Les collectifs unitaires sont des espaces ouverts à tous : citoyens engagés, membres ou non d'organisations politiques, associatives, syndicales, de courants. Ils ont la volonté de réunir toutes les sensibilités de la gauche antilibérale, altermondialiste, alternative, écologique, antiraciste, solidaire, féministe, anti-guerre.

Ils sont en lien avec les divers mouvements et réseaux de mobilisation sociale, et en sont parties prenantes.

Ils sont des lieux d'échange, d'élaboration d'un projet de gauche véritablement en rupture avec le libéralisme, des lieux de résistance et d'action.

Ils proposent un cadre stable et ouvert à celles et ceux qui veulent faire vivre un processus unitaire par une dynamique capable d’ouvrir une alternative au libéralisme.


Chaque collectif décide souverainement de ses modalités d'organisation, sur la base du principe : 1 personne = 1 voix.


A l’occasion de nos Assises, nous entendons :


- Nous donner au niveau national des règles de fonctionnement, de décision, et de représentation démocratiques, ainsi qu’une dénomination.

- Contribuer à l’organisation, de la résistance à la politique du gouvernement Sarkozy, avec l’ensemble des forces disponibles.

- Travailler à la poursuite de l’élaboration de notre projet écologiste, féministe et de transformation sociale, allant bien au-delà du cadre programmatique des « 125 propositions » du texte « ce que nous voulons ».

- Faire le bilan de l’activité de la gauche de transformation sociale et écologique depuis 2005, ainsi que de l’état des forces à l’issue des dernières élections.

- Travailler à l’élaboration d’outils de communication.

Toutes les citoyennes et tous les citoyens, les militantes et les militants qui entendent porter le projet d’un rassemblement des forces « anti-libérales », écologistes et de transformation sociale, qu’ils appartiennent ou non par ailleurs à des forces constituées, sont invité-es à participer, depuis les collectifs existants dans leurs localités, et le cas échéant dans leur département, ou à travers les collectifs qui se constitueront, à la préparation de ces assises, dont les modalités plus précises de convocation et d’organisation seront arrêtées par la prochaine coordination, prévue à la fin du mois de septembre.

L’organisation de la dynamique des collectifs constituera un élément décisif des rassemblements à venir.

Il est donc convenu :

1 – de tenir les Assises des collectifs unitaires à l’automne 2007.

2 – de veiller à la relance de l’activité et au développement des collectifs locaux et des coordinations départementales.

3 – de proposer aux partis, courants, forces organisées et autres partenaires de la gauche écologiste et de transformation sociale, ainsi qu’aux diverses composantes du mouvement social, la préparation et la tenue dans le courant de l’année 2008 d’États Généraux unitaires pour construire et porter un projet d’alternatives pour la transformation sociale et la préservation de la planète (actualité de l’antilibéralisme, de l’anticapitalisme, du féminisme, de l’antiproductivisme, de la lutte contre les discriminations, etc.).
Le secrétariat désigné par la coordination nationale est mandaté pour commencer à mettre en œuvre cette triple décision.
La coordination donne donc mandat au secrétariat qu’elle a désigné pour prendre contact avec les forces politiques de la gauche antilibérale, les associations, les syndicats, les réseaux de mobilisation et autres acteurs, pour :
- leur présenter le projet des Assises
- leur proposer de diffuser leurs contributions, qui seront intégrées à la préparation des Assises
- les interroger sur la possibilité d’organiser dans l’unité des États Généraux de l’ensemble de la gauche écologiste, féministe et de transformation sociale. Le secrétariat rendra compte de ce mandat lors de la coordination prévue en septembre.

Par marie lucie - Publié dans : fondamentaux
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Jeudi 20 septembre 2007
Apres une analyse des principaux points de la campagne, les citoyen(e)s, militant(e)s, responsables associatifs qui ont apporté leur soutien à la campagne unitaire de José Bové ont collectivement décidés dans l’esprit même de cette campagne de pérenniser et d’élargir leur action.

Dans ce but, la coordination Corse qui se crée regroupe des collectifs locaux unitaires à Ajaccio, Bastia, et en Balagne et Corte. La double appartenance (au collectif et à un parti politique) est admise sous réserve que les membres de partis politique ne peuvent participer aux votes lors des délibérations.

Tous(tes) inscrivent leur démarche dans une stratégie de transformation sociale, solidaire, écologique, anti-discriminations, démocratique, et citoyenne, altermondialiste qui désigne clairement le néo-libéralisme financier et économique comme l’adversaire principal face à toutes les urgences sociales et écologiques, l’ensemble des aspirations citoyennes et l’épanouissement de tous et toutes.

Cette coordination et ces collectifs constituent une organisation politique d’un type totalement nouveau qui prend acte de l’ échec de tous les appareils des partis politiques grands et petits et qui entend associer le plus grand nombre de citoyenn(e)s suivant des formes paritaires, conviviaux et consensuels.

Un bureau provisoire est crée jusqu'aux Assises nationales en Octobre 2007. Les correspondants qui assurent le secrétariat sont Hélène Sanchez pour la Haute Corse et Jean Pierre Orsi Pour la Corse du SUD. Une réunion régionale aura lieu début septembre à CORTE.

Nous nous inscrivons dans une démarche unitaire afin de proposer des candidatures communes à l’ensemble des forces progressistes de la Corse. Des contacts vont être pris dès les prochains jours. Une réunion régionale aura lieu le 10 juillet à Corte.

Le premier dossier concret à préparer est la construction collective d'un plan de développement pour la Corse afin de faire contre poids au projet de PADDUC (Plan de développement durable de la CTC). Hélène est chargée de synthétiser le document et les réflexions déjà existantes transmises par tony CASALONGA pour construire une démarche originale de travail à proposer aux citoyen(e)s et militant(e)s associatifs.
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