Avertissement :
Sur un sujet aussi essentiel et qui engage toute la collectivité corse, il ne peut évidemment y avoir de réponse personnelle pertinente. Même celle d’un réseau dynamique et bien intentionné comme le nôtre ne peut guère faire mieux qu’ouvrir une problématique et proposer un cadre de débats publics à toute la population à commencer par les « sans voix », ceux à qui on ne donne jamais la parole ou que l’on ne prend pas la peine de comprendre quand ils expriment leur souffrance, quand ils l’expriment d’une façon ou d’une autre. Notre première tâche militante devrait donc consister à proposer ou à participer à un maximum de débats. Après tout, ne faudrait-il pas renouer avec ce que l’on dénommait la « planification démocratique » durant les 30 Glorieuses ? Encore faut-il pour cela que nous ayons un cadre intellectuel à proposer, afin que les ambitions collectives puissent émerger. Ce qui suit est une contribution à débattre, lors de nos prochaine assises, le 10/11.
Nous proposons de partir d’une analyse des tendances en cours, certes succincte, mais qui évitant les jugements trop unilatéraux, s’efforce de raisonner en termes de contradictions, essayant de démêler ce qui peut être positif de ce qui est évidemment négatif dans le développement de la Corse de ces dernières décennies.
En deuxième lieu, parce que notre démarche repose sur la dignité de chacune et de chacun et, par conséquent, sur la solidarité à l’égard des plus défavorisés, nous nous devons de définir des objectifs sociaux fondamentaux, que nous pourrions mettre en avant en Corse, en relation avec la gauche alternative des autres régions et pays.
En troisième lieu, parce que c’est le devenir à long terme de la Corse et de l’ensemble de sa population qui est notre préoccupation principale, nous commençons à tracer quelques pistes pour un développement alternatif.
Plan :
Un développement contradictoire
Les objectifs sociaux fondamentaux
Les caractéristiques d’un développement alternatif
Un développement contradictoire :
La Corse change vite, très vite. Du point de vue économique et social qui nous retient ici, peut être plus vite qu’elle n’a jamais changé. Tous ces changements sont évidemment contradictoires : ils ont sûrement leurs bons côtés, notamment pour une minorité de nantis, qu’ils soient anciens ou nouveaux dans l’île ; ils ont évidemment leurs mauvais, pour un beaucoup trop grand nombre de personnes. Or, si la Corse a presque toujours connu un retard économique important, y compris sur les régions les plus proches de l’Europe méridionale ; si elle est pratiquement passée à côté de la révolution industrielle, qui a forgé le monde contemporain pendant deux siècles ; rien n’indique qu’elle ne puisse pas trouver toute sa place, une place originale, dans le devenir d’une Union euro-méditerranéenne, où de cul de sac des relations internationales, elle deviendrait un carrefour, riche tout à la fois de son identité et de sa capacité d’ouverture…
Afin de montrer que « l’optimisme de la volonté » qui dicte le propos précédent n’est pas dénuée de toute base, il faut d’abord rappeler quelles tendances sont à l’œuvre dans l’économie insulaire, dans les termes mêmes des catégories marchandes aujourd’hui dominantes :
* L’appareil de production de la Corse a toujours été en retard sur celui du reste de la France, mais ce retard tend à se réduire :
Sans doute, si on compare le produit intérieur brut (PIB) par tête, le retard de la Corse est encore de l’ordre de 20% sur la moyenne nationale d’après les chiffres de 2005[1], mais il faut observer que cet écart est dû pour moitié à l’avance de la région capitale : si on limite la comparaison aux autres régions de province, le retard de production de la Corse n’est plus à la même date, que de 10% et il peut être rapproché de celui des autres régions continentales les moins avancées (tableau à faire). De plus, au-delà de la comparaison instantanée entre régions, qui demeure globalement défavorable, on est en présence d’un rattrapage évident de la Corse (mesuré par le taux de variation des différentes régions métropolitaines), en termes de production. Ceci se comprend bien, puisque les 3 branches d’activité où la Corse est mieux représentée que la moyenne nationale sont les services, la construction et le commerce[2] : or, ce sont justement ces branches, dont l’évolution est, au niveau global, meilleure que celle du reste de l’économie et, en particulier, que celle de l’industrie. Il s’en suit que l’argument séculaire du handicap de l’insularité ne peut désormais plus suffire à nos responsables politiques pour légitimer leur rôle ancestral d’intercesseurs[3]. Encore ces comparaisons inter-régionales sont-elles plus favorables, si on abandonne les seuls indicateurs de production marchande et si on veut bien raisonner en termes de revenus ou mieux encore de dépenses.
* En termes de revenus, les inégalités se creusent, même si les transferts nets de revenus vers la Corse rapprochent le niveau de vie dans l’île de celui de la majorité des régions françaises.
En se contentant de raisonner sur des moyennes, on est confronté à un choix entre deux attitudes antagonistes erronées : d’un côté, la vieille habitude insulaire de se plaindre collectivement de la « pauvre corse » (déjà très présente dans la littérature de la 1ère partie du XVIIIème siècle, où elle était alors beaucoup plus évidente). De l’autre, le comportement désobligeant de soit disant élites nationales, qui expriment le sentiment que la « France » (la Corse n’en ferait donc plus partie) paie trop cher pour la Corse : on se souvient à cet égard des propos indignes de feu Raymond Barre. En fait, si le niveau de vie en Corse ne marque plus un retard marqué sur le continent, c’est que cette dernière bénéficie de trois sources principales de financement externe, dont les limites et les implications doivent être clairement mesurées : le tourisme, les semi-résidents et les administrations publiques.
- l’apport des touristes ou des voyageurs : tout a été dit depuis longtemps à la fois sur l’intérêt et les limites de l’essor touristique de la Corse. Aujourd’hui, la querelle n’est donc plus guère idéologique. Disons qu’un consensus, souvent inavoué, se dégage autour de l’idée que le tout tourisme est haïssable, mais qu’un tourisme mieux compris est indispensable.
Pour être plus précis, l’enjeu est celui de la qualité touristique, sans laquelle le volume d’activités ne pourra pas augmenter sans des frustrations grandissantes. Cette qualité peut se mesurer à l’aide de deux critères objectifs, auxquels vient lors se greffer un critère plus subjectif, mais essentiel :
.) En premier lieu, on doit essentiellement encourager le développement du tourisme hors-saison, qui en effet s’est beaucoup développé depuis une quinzaine d’années. Nous devons d’ailleurs rappeler qu’il constitue pour une bonne part une retombée pourtant évidente de la cinquième semaine de congés payés, puis du passage aux 35 heures, sous forme de journées et de semaines « RTT » et que la remise en cause de cette dernière menace l’étalement touristique dans notre région ;
..) Le développement du tourisme, loin des côtes, qui demeure malheureusement beaucoup trop faible. Tout en sachant protéger nos sites fragiles (contre les incendies ou concernant les zones les plus délicates : GR 20, lacs, etc), la marge de progression dans nos zones de montagne sont considérables, surtout si un souci de qualité identitaire prédomine (cf. infra).
…) Transformer les touristes acculturés (aoûtiens entassés sur les plages et leurs bateaux plus ou moins bien ancrés), en voyageurs (au sens des XVIIIème et XIXème siècles), à la recherche de la corsitude, demeure un mot d’ordre plus souhaitable que jamais.
- les semi-résidents : on a encore peu analysé ce que signifie l’augmentation du nombre de corses à temps partiel. Dans un village (côtier, il est vrai, mais cela correspond aujourd’hui, à une grande majorité de la population insulaire), on est en présence d’un véritable continuum, quant à la résidence effective d’une grande partie de ceux qui y résident : des purs vacanciers (dont certains viennent plusieurs fois dans l’année, y compris hors de la période touristique) à la population permanente, parmi laquelle le nombre de ceux qui vont passer plusieurs semaines sur le continent (par exemple, la fin d’année chez des parents ou amis) augmente manifestement : entre les deux, on peut tracer un diagramme de ceux qui résident 2 mois, ou 3, ou 4, etc…, jusqu’à 9 ou 10. Or, un certain nombre d’entre eux sont, quand ils résident en Corse particulièrement actifs, professionnels pratiquant le télé-travail, ou bénévoles, contribuant à l’essor associatif, parfois même des hyper-actifs, employant sans désemparer leur temps de vie insulaire. Or, c’est sans doute par le canal de la vie associative et le développement d’une démocratie réellement participative que leur contribution au développement collectif pourra être valorisée, en évitant des divisions manichéennes entre corses et non corses, de plus en plus éloignées des réalités (qui n’est pas quelque peu métis dans notre île ?), et qui prennent trop souvent des relents xénophobes plus ou moins conscients.
- les administrations publiques :
En termes de comptabilité nationale, les flux de transfert financier du continent vers la Corse sont indéniables, et sont particulièrement importants, surtout si on raisonne par tête d’habitant. Mais une très grande partie d’entre eux correspondent à des dettes de l’Etat français à l’égard des personnes (paiement des retraites de l’ensemble des agents publics) ou à l’égard d’un territoire, dont il assume la souveraineté et sur lequel il doit évidemment assurer la même qualité d’ensemble de ses services qu’en toute autre partie de l’hexagone ou des DOM-TOM. Ramenés à cette aune, les transferts publics n’ont plus rien d’extraordinaires, mais posent surtout la question de leur bon usage dans l’île. Car, ce que nous devons à l’ensemble des contribuables, corses ou non, qui financent ces transferts, et à l’ensemble de ceux qui en Corse devraient en bénéficier, relève d’une double question politique, qu’il nous faudra traiter par ailleurs : quel est le degré d’autonomie concrète des collectivités publiques corses, notamment dans le choix de leurs dépenses ? Dans le cadre de celles-ci, pour quel type de démocratie, clientéliste (ou néo-clanique) ou, au contraire, associant concrètement l’ensemble des citoyens, doit on se mobiliser ?
Plus généralement, nous devons réfléchir sur ce que les spécialistes commencent à appeler une « économie présentielle », qui fait que les « territoires qui se développent et où l’on vit le mieux sont ceux que l’on considérait comme les plus pauvres à l’aune du sacro-saint PIB »[4].
* Derrière ces résultats contrastés, le développement actuel de la Corse n’est pas durable :
A plus ou moins terme, la prolongation des tendances récentes va générer des crises ou des dégénérescences graves, de multiples points de vue :
- Des crises sociales, de type péri-urbaine, dues à la désespérance d’une jeunesse sans perspective. Des embauches insuffisantes, effectuées trop souvent au dessous du niveau de qualification, surtout pour les filles (en moyenne plus diplômées et moins payées).
- de l’expropriation de fait d’une partie de la population née dans l’île par des capitaux extérieurs, du fait de l’augmentation exponentielle du prix du foncier bâti et non bâti, à laquelle s’ajoutent les risques de développement d’une « nouvelle domesticité » pour cette population, qui risque de ne trouver d’embauche qu’au service personnel des nouveaux riches ;
- De l’aggravation d’une ségrégation ethnique, qui, à la suite d’incidents fortuits ou de l’éclatement d’un autre facteur de crise, risque de transformer « l’autre » (marocain ou tunisien) en bouc émissaire ;
- De l’installation endémique des pratiques maffieuses, ce que l’on pourrait appeler le « syndrome varois ». Mais compte tenu de l’insularité, d’une population peu nombreuse et de notre histoire, ces dérives risquent d’être en Corse d’une beaucoup plus grande violence qu’ailleurs ;
- Les nouveaux risques de saccage et de pollution de notre environnement, d’où l’importance essentielle des batailles écologiques.
Ces différents risques sont distincts, mais dès lors que tel ou tel d’entre eux se transformerait en crise aigue, ils pourraient interférer gravement les uns avec les autres. Il faut donc mener, avec toutes les forces militantes disponibles pour chacun de ces combats, l’unité d’action la plus large possible, même si on ne peut pas demander à nos partenaires dans telle ou telle lutte, de partager toutes nos analyses et toutes nos propositions. Il faut aussi rechercher les solutions qui répondent à plusieurs problèmes à la fois (par exemple, un contrôle démocratique du foncier), ou du moins qui ne répondent pas à une question, en aggravant une autre question (comme dans le cas de certains projets d’équipements collectifs).
Trois objectifs sociaux fondamentaux
La relation au travail est une question universelle, mais qui représente dans notre île une identité particulière, qui crée une obligation collective de nous fixer des objectifs et de nous donner des moyens d’être à l’avant-garde des objectifs sociaux visés dans l’ensemble des pays européens et méditerranéens. Nous pourrions organiser ces objectifs, autour de trois axes principaux, mais bien entendu non exclusifs.
* Un emploi de qualité pour tous
Le droit au travail pour tous, inscrit, à la suite du programme de la Résistance, depuis 1946, dans le Préambule de toutes les Constitutions françaises, est systématiquement bafoué depuis plus d’une génération (début des années 1970) par le développement et la permanence du chômage de masse et la précarité de l’emploi. La Corse a payé un tribut plus élevé encore que la moyenne nationale à ces évolutions dramatiques.
Or, l’ensemble des évolutions récentes donne à penser que la Corse peut échapper, dans les années à venir à cette calamité sociale : d’une part, le rythme de création d’emplois est supérieur à la moyenne nationale (cf. chiffres INSEE), d’autre part, la durée moyenne du chômage est plus faible que la moyenne nationale dans la quasi totalité de nos bassins d’emplois (cf. carte jointe). L’actuelle dynamique de création d’emplois doit être renforcée : on sait que la plus grande partie de ces emplois nouveaux continueront de se situer principalement dans les activités de services, marchandes, mais aussi publiques, ou mixtes (comportant une part significative de financement public). Cette tendance universelle est d’autant plus souhaitable qu’elle permet généralement un développement non polluant, ainsi qu’un véritable équilibre entre femmes et hommes sur le marché du travail.
Toutefois, cet objectif de création d’emplois et de réduction du chômage ne doit pas devenir une obsession purement quantitative : plus précisément, il ne s’agit pas d’accepter d’échanger le chômage actuel contre une précarité grandissante, comme nous le proposent le pouvoir sarkozyste et les organisations patronales. Il faut donc, en accord avec les organisations syndicales, préciser ce que nous pouvons appeler un emploi de qualité. Il doit reposer à l’évidence sur 3 critères principaux : le statut du salarié, qui doit être un CDI, ou du moins permettre à l’intéressé d’obtenir sa transformation en CDI, dans un délai de quelques mois ; il doit correspondre au niveau de qualification du travailleur et, par conséquent, au niveau de rémunération correspondant ; il doit s’inscrire dans un cadre négocié des conditions de travail et, plus particulièrement, offrir des possibilités concrètes de temps choisi (cf. infra).
* L’éradication de la pauvreté :
Malgré les solidarités familiales, qui demeurent en Corse plus fortes qu’ailleurs, le développement de la pauvreté, voire de la mendicité dans les grandes villes, montre bien qu’il faut répondre immédiatement aux urgences sociales, non pas dans une logique d’assistance individuelle, mais de solidarité collective.
Pour cela, l’unification des minima sociaux et leur relèvement pluri-annuel doit être revendiqué, jusqu’à un niveau jugé acceptable, suivant les normes européennes, et qui est de 60% du revenu moyen. En Corse, comme dans le reste de la France, un plan d’éradication pourrait être mis en œuvre dans un délai d’environ 3 ans, avec un rattrapage par tiers chaque année : il suffirait pour le financer de supprimer, au même rythme, l’ensemble des cadeaux fiscaux faits aux riches depuis le début de la décennie, de Jospin-Fabius à Sarkozy-Fillon, en passant par Chirac ! On pourrait ainsi démontrer que la pauvreté n’est en rien une fatalité, mais le seul résultat de leurs choix politiques successifs. Le principal argument contraire que développent les « libéraux » de toute obédience (« ultra » ou « social ») est moins d’ailleurs de caractère financier que la « préférence pour le chômage » qu’auraient alors les bénéficiaires de ces minima sociaux. Outre le fait qu’il s’agit là d’une caricature méprisante du fait que l’immense majorité des citoyennes et des citoyens trouvent dans un vrai travail (le contraire d’un « petit boulot »), un moyen de socialisation et d’autonomie incomparable, c’est ignorer que ce relèvement des minima sociaux ne viendrait interférer qu’avec les salaires à temps partiel et non pas avec les Smicards à temps plein, si ceux-ci sont correctement réévalués de leur côté, comme nous l’avons proposé plus haut. Par conséquent, ce qui est en jeu derrière ce pseudo-argument libéral est justement le statut des travailleuses et (plus rarement) des travailleurs à temps partiel, dont nous traitons ci-dessous.
* Une société du temps choisi
Il existe en Corse, comme ailleurs en France et en Europe, un grand nombre de personnes (40% environ) qui ne travaillent pas, suivant une durée et des horaires qui leur conviennent : à côté des travailleurs à temps partiel, qui souhaiteraient « travailler plus pour gagner plus » (ce sont bien les seuls pour lequel ce slogan généralement démagogique prend un sens concret), toutes les enquêtes montrent depuis longtemps, qu’il existe un plus grand nombre de personnes qui souhaiteraient travailler un peu moins, quitte à gagner un petit moins, mais pouvant ainsi mieux épanouir leur vie familiale et civique. Il résulte de cette double frustration de sens contraire que le travail demeure trop largement vécu comme une aliénation et non comme un facteur d’équilibre et d’épanouissement de la vie.
Il n’existe aucune fatalité à cela. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, les syndicats néerlandais (dont la direction est à majorité féminine…) ont revendiqué et finalement obtenu, d’abord par voie de conventions collectives, ensuite par la loi, de nouveaux droits émancipateurs pour l’ensemble des salariés : celles-ci et ceux-ci peuvent demander, avec un préavis raisonnable pour ne pas désorganiser l’organisation du travail collectif, un changement de leur durée et de leurs horaires de travail, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. L’employeur ne peut leur refuser que pour des raisons économiques. Dans ce cas, une commission paritaire est amenée à trancher, en proposant éventuellement une autre solution. Encas de désaccord persistant, c’est à l’employeur qu’il appartient (y compris devant les tribunaux compétents) d’apporter les charges de la preuve, faute de quoi le salarié obtient définitivement satisfaction.
En liaison avec les organisations syndicales, nous devrions lancer une vaste réflexion collective sur le passage de l’actuelle société du travail contraint à celle du temps choisi, qui associe garanties collectives et épanouissement personnel.
Les caractéristiques d’un mode de développement corse
L’originalité du développement futur de la Corse et de tous ses habitants, qu’il s’agisse de la production, des transports ou des consommations individuelles et collectives, doit pouvoir se décliner autour de trois notions : elle doit être identitaire, fondée sur la durabilité et s’inscrire dans le contexte plus général d’une économie de proximité.
* une économie identitaire est une économie où la culture devient un atout économique, non pour des raisons bassement utilitaristes, mais pare que la poursuite et le développement de notre propre identité collective devient aux yeux des autres comme de nous-mêmes un trait positif de différenciation[5].
- Agriculteurs, artisans, artistes : au-delà de leur importance économique, il est essentiel de favoriser le maintien, la réactivation et plus largement la renaissance d’activités corses, qui ont été dominantes pendant des siècles dans notre île, et qui sont une partie inaliénable de notre identité collective.
- La « qualité corse » (pour un double label)
Les biens et services produits en Corse doivent viser à satisfaire une double exigence de qualité : d’une part, ils doivent obéir au meilleur des standings internationaux, quant à leur qualité intrinsèque, reconnue par les instances nationales et européennes habilitées ; d’autre part, il doivent inclure une part significative de corsité, dans le processus de production et/ou dans le produit final. A cet effet, des agences publiques de certification doivent garantir cette qualification corse. De même, des « maisons de la Corse » doivent être progressivement créées, avec le soutien des collectivités publiques, dans toutes les grandes agglomération, où résident des corses ou amis de la Corse : pour la France, on pense en priorité à Paris, Marseille, Toulon et Nice, mais aussi en Italie, Londres ou New York, pour assurer une promotion collective du « made in corsica ». Ces maisons de la Corse devront être à la fois des agences du tourisme, des lieux de promotion des produits corses de qualité et des lieux d’expression de la culture corse (expositions, conférences, etc.)
* Fondée sur la durabilité :
Face à la terrible crise écologique qui se présente inéluctablement devant nous, il nous faut d’abord faire vivre le front permanent d’un contre-Grenelle de l‘environnement.
Dans le cadre de celui-ci, nous devons apporter des réponses courageuses sur les questions les plus difficiles, parce qu’elles peuvent heurter les préoccupations sociales immédiates ou, plus trivialement, les habitudes quotidiennes du plus grand nombre. Pour ne prendre que la question la plus urgente et la mieux connue[6], nous savons tous que l’énergie la moins coûteuse et la moins polluante est évidemment l’économie d’énergie, sous toutes ses formes. Face à cette urgence de la décroissance énergétique, qui n’interdit en rien la satisfaction croissante des besoins sociaux et de l’emploi, l’ensemble des énergies, dites renouvelables, ne constituent qu’un palliatif, souvent intéressant, mais nécessairement transitoire et parfois contre-productif (certains agro-carburants ou l’abus d’éoliennes dans des sites touristiques remarquables). Cette urgence de la décroissance énergétique passe donc inéluctablement par une transformation complète de nos modes de production, de transport et de consommation.
- Pour les modes de production, nous avons déjà vu que la tertiarisation de l’emploi insulaire limite cette contrainte. Encore faut-il que des négociations permanentes soient menées avec les organisations patronales et syndicales des différentes branches (notamment dans les travaux publics), pour que l’amélioration permanente des normes écologiques soient mises en œuvre et respectées, à l’aide de procédures d’évaluation pluraliste et contradictoire.
- Pour les transports, ceci signifie à la fois, au niveau global, de privilégier les activités de proximité (qui réduisent les transports de marchandises), et au niveau personnel, une réduction drastique de la motorisation effrénée de l’île. Le civisme de chacun peut y contribuer, mais ne faut-il pas aller jusqu’au bridage général de tous les véhicules : comment justifier que l’on continue de vendre des voitures ou motos, dont les vitesses de pointe sont totalement illégales sur l’ensemble du territoire ? Ce qui est vrai ailleurs, l’est encore plus dans une île où le nombre de morts sur la route (pour la plupart très jeunes) est particulièrement grave, et où nos niches écologiques sont particulièrement menacées : là où des îles de très petite dimension ont su interdire toute circulation, la majorité de la population d’une île moyenne comme la nôtre est-elle capable d’interdire la circulation de tous les véhicules, qui dépassent les 100 km/heures ? Il faut de même appliquer ce souci d’économie d’énergie à l’ensemble des activités de loisirs terrestres et nautiques, après une véritable concertation avec l’ensemble des responsables intéressés.
- Pour la consommation, il faudra inéluctablement aller plus loin et si nous voulons que cela se passe sans traumatisme, il faut commencer immédiatement, qu’il s’agisse de l’isolation de l’habitat, des excès d’usage de l’électricité et des abus de piscines ou de la climatisation. La véritable transformation des mœurs qui est en train d’être gagnée contre la tabac et l’alcool, quand il s’agit de notre santé individuelle, ne devrait-elle pas l’être dans des domaines qui conditionnent notre santé collective ?
Ne peut-on, avec l’ensemble des organisations écologiques et ous les citoyens motivés, lancer la proposition d’un vaste plan « île propre », dont le recul de l’usage des sacs en plastique a montré qu’elle rencontrerait une réelle adhésion dans l’opinion, et qui serait un atout important pour nous orienter vers le tourisme de qualité que nous appelons de nos vœux ?
* Elle doit s’inscrire dans un contexte d’économie de proximité
« Créer de nouveaux emplois pour de nouveaux services » a longtemps été une revendication syndicale, négligée par les politiques. Pourtant à la longue, la nécessité d’une telle démarche s’est imposée et les différents moyens administratifs et juridiques de faciliter ces créaions existent. Mais le talent de bonimenteur de Borloo montre surtout que l’on peut faire d’une bonne idée un mauvais usage. Le dispositif actuel est fait uniquement pour les plus favorisés : basé sur des exonérations d’impôts, il profite d’autant plus aux riches, et ne bénéficient à près de 60% des ménages, les plus nécessiteux, qui en Corse ne sont pas assujettis à cet impôt. De plus, le fait que les services de proximité puissent être gérés de gré à gré transforment leurs bénéficiaires en « patrons fictifs » (pour qui il ne s’agit bien souvent que blanchir du travail fait jusque là « au noir » et donc dispendieux pour les finances publiques) et ceux qui les aident en de « nouveaux domestiques » (pour reprendre l’expression d’André Gorz). Autrement dit, il s’agit de « petits boulots » destinés à renforcer le confort des plus nantis et qui coûtent un montant abusif aux finances publiques.
Or, les études menées plus particulièrement dans notre île, avec le concours de chercheurs de l’Université de Corte, montrent que, aussi bien dans des les zones rurales les plus désertifiées (comme le Bozio) que dans les milieux défavorisés de nos agglomérations, c’est principalement la population comprise entre l’avant dernier[7] et le sixième décile, qui serait intéressée à la condition de ne payer que la moitié du coût de ces services : c’est donc potentiellement 1a moitié de la population permanente de l’île (150 000 personnes) qui est concernée, sans parler des résidents temporaires. Or, le nombre d’emplois nécessaire est de l’ordre d’un pour 10 demandes. La masse potentielle d’emplois est donc finalement d’environ 15000 pour l’ensemble de la Corse, ce qui, même en tenant compte de ce qui existe déjà, légalement ou non, en fait sans doute le premier enjeu d’emplois dans l’île. Or, les études les plus précieuses démontrent que de tous les systèmes d’aide à l’emploi existant, celui proposé ici est de loin le moins onéreux pour les caisses publiques dans des proportions qui avoisinent souvent les 50%, ce qui n’est guère étonnant, puisque l’on demaderait une contribution de 50% aux
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